jeudi 12 septembre 2019

"Premier arrêt avant l'avenir" de Jo Witek

Chronique du blog Takalirsa


Un roman initiatique dans lequel le héros s'interroge sur l'avenir et le sens qu'il veut donner à sa vie.

Dans la vie de Pierre, "tout est prévu, calculé, préparé". "Précoce et intelligent", il détonne dans sa fratrie issue de parents immigrés portugais d'origine sociale très modeste (le père est maçon, la mère aide à domicile): toujours le nez dans ses bouquins, ne partageant pas les passions des autres garçons de son âge, il est "en retard social" mais promis à un brillant avenir, Polytechnique certainement. Poussé par ses parents, son ancienne institutrice, le maire, le recteur, il se sent pourtant "fragile et perdu": "l'avenir lui donne le vertige" parce que tout lui est imposé et qu'il en a "marre d'être redevable" de toutes ces aides financières qui l'engagent un peu malgré lui à cause du "déterminisme familial".

Et voilà que débarque dans cette vie organisée pour la "course à l'élite" une jeune femme "naturelle, libre, drôle, décomplexée, brillante": Olympe. Olympe n'en fait qu'à sa tête et "c'est bien ce qui le fascine tant". Envoûté, Pierre, "gamin perdu dans le monde des adultes", se laisse embarquer dans le monde inconnu mais captivant du "tumulte intellectuel où les idées jaillissent, se confrontent, rebondissent". Il y est question de politique et de lutte sociale, de "refaire le monde", un monde "d'équité, de partage", un monde où "chacun prendrait soin des richesses naturelles sans en faire profit, juste tenter de vivre en paix quels que soient son sexe, sa couleur, son niveau social, sa culture et ses idées". Aussitôt Pierre adhère, lui qui jusque là se cantonnait aux mathématiques et à la physique voit s'ouvrir de nouvelles perspectives, une nouvelle vision des choses.

Certains passages peuvent sembler un peu longs (le discours social, les détails techniques du projet humanitaire sur le voilier) voire glauques (le vol du sac et le passage par le commissariat), cependant on suit avec plaisir l'évolution progressive de Pierre pour qui "le chaos s'est invité dans sa petite existence et lui fait un bien fou". Pierre se sent "heureux de vivre", "à sa place", et c'est nouveau pour lui. Parallèlement il ressent une certaine répulsion à "s'écraser": "marre de fermer ma gueule et de baisser l'échine" ("Il a envie de l'envoyer chier, le tuteur"). Avec Olympe il est entré "dans une parenthèse sacrée, un temps suspendu, où les "Tu dois" et les "Il faut que" ne lui parviennent plus. Ne reste que l'instant". Va-t-il tout plaquer pour suivre la jeune femme dont il est éperdument amoureux? Peu importe: ce qu'il fera, où il ira, ce sera au bout du compte "parce que je l'ai choisi", et cela change tout. Pierre aura pris sa vie en mains, désormais confiant quoi qu'il arrive, et c'est bien là l'essentiel.

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