jeudi 1 février 2018

"Coupée en deux" de Charlotte Erlih

Chronique du blog D'une berge à l'autre


« Être séparés, ça n’empêche pas aux parents de continuer à se haïr et à se faire la guerre. Et si ça ne se passe pas tout à fait de la même manière que quand ils vivaient ensemble, ce n’est pas beaucoup plus agréable… »

Coupée en deux. Écartelée entre ses parents divorcés. Camille déteste la garde alternée, elle déteste passer une semaine en fille unique avec sa mère puis la suivante avec son père, sa belle-mère et sa demi-sœur. Elle déteste cette situation, même si elle a dû s’y habituer, par la force des choses. Et aujourd’hui le problème est encore plus profond. Le rendez-vous au tribunal est capital, Camille va devoir choisir. Choisir entre rester à Paris avec son père ou suivre sa mère en Australie. Devant la juge, elle va avoir son mot à dire. Mais comment prendre une telle décision alors que ses parents, bien que fort différents, sont aimants et très proches d’elle ?

L'impression de n'être qu'un pion, l'impression d'avoir à arbitrer une partie dont elle sortira obligatoirement perdante. Charlotte Erlih nous place dans la tête de Camille et déroule ce jour si particulier où sa vie va basculer. Alors qu’elle n’a rien demandé et qu’elle ne fait que subir des problèmes d’adultes. Tout est dit avec beaucoup de pudeur, sans excès. Même dans l’attitude des parents qui restent dignes malgré leur irréconciliable rancœur.

C'est touchant et juste, on ne dramatise pas à outrance et on ne minimise pas une souffrance intime qui perturbe l'équilibre d'une jeune fille en construction. J'ai adoré la franchise de Camille, sa lucidité face à son évident manque de maturité pour gérer un dilemme qui la dépasse. Une belle réussite de plus dans cette collection regorgeant de pépites. Et nulle doute que la voix de Camille résonnera longtemps dans l'esprit des ados qui auront la chance de découvrir son histoire.

mardi 30 janvier 2018

"Nightwork" de Vincent Mondiot

Chronique du blog La ronde des livres


MAIS QUEL LIVRE ! Je me trouve bien embêtée pour rédiger cette chronique : j'aimerai t'en dire beaucoup pour te donner l'envie de te jeter dessus, mais en même temps, je pense que le meilleur moyen d'être emporté•e par cette histoire est de ne rien en savoir. Compliqué, hein ?
Bon, je vais quand même te donner quelques éléments pour comprendre de quoi ça parle.

Alors, le narrateur de cette histoire c'est Patrick, 21 ans. Il a une sérieuse tendance à la digression - dès les premières pages il se perd en anecdotes sur son enfance et son adolescence. Par ses mots, tu découvres son lui de 14 ans, un gamin victime favorite d'une bande de collégiens, mais aussi de sa mère, paumée et alcoolique, qui vit dans une cité où son grand frère avait l'habitude de dealer avant de finir en prison. Bon, y a un peu de positif dans la vie pourrie de Patrick : sa meilleure amie Mégane et leur projet de créer un jeu vidéo qu'ils appellent Nightwork.

Notre Patrick de 21 ans ne fait que tourner autour du pot pour éviter d'aborder LE sujet, l' « élément perturbateur », ce qui a chamboulé sa vie entière ainsi que celle de son frère. Sans ces divagations, tu aurais une vision totalement différente de ces deux gars auxquels tu t'es attaché•e pendant un tiers du livre. Abdel, le grand frère d'une vingtaine d'années, joue à l'adulte sûr de lui alors qu'il est complètement dépassé par les événements. Patrick, qui est déjà empêtré dans son profond mal-être, se laisse porter par les décisions de son aîné, aveuglé par sa confiance fraternelle. Ils se laissent doucement entraîner dans une spirale infernale et tu assistes, impuissant•e, à leur chute.

Nightwork te jette à la figure la solitude désespérée de Patrick, ado sensible et influençable, qui préfère être le plus transparent possible pour éviter de souffrir davantage. Tu le sens piégé dans sa vie, dans sa ville, dans sa tête. Il ne mérite pas ce qui lui arrive - évidemment. Avoir ce narrateur qui prend du recul sur son passé est terrible, vu qu'il sait comment les événements se sont enchaînés. Tu ne peux pas t'empêcher de te dire que sa vie aurait été totalement différente s'il avait réagi plus tôt, s'il avait continué d'inventer son jeu avec Mégane, s'il s'était confié à elle... Tout ça te met vraiment mal.

Je n'avais pas ressenti aussi physiquement un livre depuis L'enfant nucléaire de Daph Nobody. C'est pas le genre de bouquin feel-good que tu lis les doigts de pieds en éventail en dégustant un smoothie fruité. C'est plutôt le genre de bouquin dans lequel tu fais des pauses et où tu vas prendre l'air, fébrile, pour dissiper la nausée qui te tord l'estomac.
Rien ne t'es épargné pendant ta lecture. Tu as droit à tous les détails les plus sordides de cet « élément perturbateur », ou même d'avant quand Patrick se fait battre à coup de poêle par sa mère bourrée. Ouais voilà, tu vas assister à des scènes de ce genre, donc si tu es sensible, ce bouquin n'est vraiment pas pour toi.

Angoissant, macabre, intense... beaucoup d'adjectifs peuvent décrire Nightwork. Vincent Mondiot réussit le pari fou de te raconter une histoire horrible, mais en étant toujours juste et sincère. Tu n'es pas forcé de t'apitoyer sur le sort des personnages, tu es au plus proche d'eux, témoin mais jamais juge de leurs actions. Et tu ne peux t'empêcher de penser pendant toute ta lecture à ce que tu aurais fait, toi, à leur place. Bravo.

lundi 29 janvier 2018

"Coupée en deux" de Charlotte Erlih

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Camille, 14 ans, se trouve confrontée à un choix.
Imposé par les adultes.
Ses propres parents.
Divorcés.
Depuis 5 ans, elle a bien du s'habituer pourtant. Chaque dimanche soir, refaire sa valise et partir en alternance, soit chez son père, soit chez sa mère. 
Mais aujourd'hui, c'est au Palais de Justice qu'elle doit faire part de sa décision : soit rester avec son père à Paris avec sa nouvelle compagne et leur bébé ou suivre sa mère qui part vivre en Australie.

Ce roman oscille entre ses souvenirs, son ressenti de se sentir coincée entre deux parents, bien malgré elle, les petits secrets partagés à l'insu de l'autre parent, les compromis et l'envie inavouée de les réconcilier.

Mais surtout on la sent étrangère à cette situation , sans affect, comme si cela finalement l'avait anesthésiée.

Dans le bureau de la juge aux affaires familiales pourtant, elle se sent entendue à travers les mots qu'elle prononce, comme si ces mots avaient un autre sens, et que l'interlocutrice est en capacité de décrypter. Et cela la soulage de ce fardeau trop lourd pour elle.

Ce roman court aborde un sujet que beaucoup d'enfants et d'adolescents connaissent et lève le voile sur une réalité avec infiniment de tact et de respect pour cette jeune fille. La plume de Charlotte Erlich arrive à transmettre ses émotions , comme dans un tableau qui se remplit peu à peu, avec ses hésitations, ses retours en arrière, son envie d'avancer malgré tout. Et c'est justement un tableau dans ce bureau qui va jouer un rôle essentiel dans ce qu'elle va dire à la juge, comme un signe auquel s'accrocher. 

J'ai été très touchée par le souffle de cet échange entre l'institution judiciaire et la jeune fille, empreint d'humanité et d'une belle écoute, laissant suffisamment de respiration, comme une houle apaisante permettant de se maintenir debout malgré le fait de se sentir "Coupée en deux".

Et j'ai particulièrement apprécié que le lecteur sache ce qu'il est advenu pour Camille, même plus tard.

Lu d'une traite. 
Est-il utile de le préciser ?

De cette auteure, j'avais déjà beaucoup aimé High line et Bacha Posh

lundi 22 janvier 2018

"Stéréotypes" de Gilles Abier

Chronique du blog Livres à profusion


Nouveauté de ce mois de février 2018 pour un roman destiné, avant tout, aux adolescents. J’ai vraiment passé un bon moment, je ne me suis pas ennuyée à suivre les aventures des personnages qui vivent dans une société qui est censée n’apporter que le bien. Le thème n’est pas réellement nouveau. J’ai déjà lu précédemment un roman de ce type mais l’histoire, ici, est complètement différente.

Même si je n’ai pas eu de coup de coeur réel pour les personnages, j’ai bien aimé Val qui ouvre ce roman en accouchant d’une petite fille. Cela faisait sept mois qu’elle avait disparu. Lors de son aventure, elle rencontrera différentes personnes. Val a énormément de caractère même si elle est très jeune. Elle est prompte à la colère. Elle tuera également. Mais elle arrivera aussi à se contenir pour que la société, dans laquelle elle vit, évolue dans le bon sens du terme. Roscoff est lié à Val car ils sont avant tout amis. Même s’il lui a caché des choses, il est comme un petit frère pour elle. La vérité sera difficile à entendre, certes, mais le souvenir de ce jeune adolescent permettra à Val mener son combat.

Les personnages sont nombreux, souvent très jeunes. Ils subissent ce qui leur a été imposé, ce marquage de types. Ils sont donc censés évoluer avec ceux du même type. Leur vie est toute tracée. Pareil pour ceux qui n’appartiennent à aucun de ces types. Ceux-là sont pratiquement exclus définitivement.

Sans être un véritable coup de coeur, l’histoire est rondement menée. Le style de l ‘auteur nous permet de tourner les pages facilement avec la volonté de tout connaître réellement de cette histoire. Pas réellement de coup de coeur, non plus, pour les personnages, même si beaucoup sont attachants par ce qu’ils vivent, par leur désir de retrouver une certaine liberté.

Dans cette aventure, l’auteur fait passer des messages. Il n’est pas facile d’avoir la société que l’on souhaite. Il faut faire avec toutes les forces en présence, trouver des compromis. Même si l’objectif est, à priori, le même, retrouver une certaine liberté, il faut s’unir et tenter une révolte pacifiste. Il faut savoir mettre de côté certains projets qui semblaient réalistes et surtout se méfier, toujours, de celui qui est au pouvoir. Car ce dernier essaiera de trouver toujours le moyen d’anéantir ce qui sont contre lui en tapant là où cela fait le plus mal. La résistance s’est organisée depuis des années. Elle doit toujours attendre le bon moment avant de se mettre en place et faire valoir son point de vue. Même si la violence peut être possible à certains moments, on peut se rendre compte, toutefois, qu’elle ne mène pas à grand chose puisque la mort qu’elle engendre cause bien des dommages.

Je remercie les Editions Actes Sud Junior de m’avoir permis de découvrir cette pépite littéraire. Après avoir consacré une longue partie à Val et ses aventures, l’auteur nous plonge dans le destin d’un couple très uni. Tout le monde se retrouvera, ensuite, jusqu’au grand final et cette fameuse fête de cette société. Le roman, ainsi construit, permet de voir le déroulement, les forces en présence, les combats menés depuis des années et les moyens plus ou moins importants.

"Coupée en deux" de Charlotte Erlih

Chronique de Sylvie Sagnes - site On l'a lu


Camille a pris sa décision : elle part avec sa mère en Australie. Tant pis pour sa toute nouvelle petite soeur, que son père a eu avec sa nouvelle compagne, elle la verra aux vacances et puis voilà. Mais dans le bureau du juge, quand c’est à elle de parler, ce n’est plus si clair… 

Un roman à lire dès 13 ans qui agrippe son lecteur dès les premières pages sans lui laisser jamais la possibilité de le refermer. Parce qu’il sonne juste dans ses moindres détails, parce qu’il évite tout pathos sans édulcorer la réalité d’une situation devenue banale mais jamais tolérable. Parce que être parents ne s’arrête pas quand on divorce, parce que la vie est toujours plus forte que la grisaille. Très, très réussi.

"Coupée en deux" de Charlotte Erlih

Chronique du blog Livres à profusion


Un beau roman qui se lit très facilement, très rapidement. Le sujet concerne la prise de décision d’une jeune adolescente, scolarisée au collège qui peut voir un de ses rêves réalisé. Mais pas facile de choisir entre son père ou sa mère, couple de divorcés qui sont à couteaux tirés. L’un exerce de la pression, du chantage sur cette jeune fille. L’autre prendra une décision admirable pour le bien-être de sa fille.

L’auteur annonce de suite la couleur. Camille va au tribunal, accompagnée de sa mère. Son père va les rejoindre. Ils ont tous rendez-vous devant le juge. Petit à petit, l’auteur nous donne les informations quant à cette entrevue et pourquoi. Au départ, on pense au divorce, à la garde de Camille. Mais un élément va mettre le doute. L’auteur et donc Camille relatent la vie de cette jeune adolescente qui vit avec ses parents divorcés. Une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Le père a refait sa vie et a maintenant une autre petite fille. Camille semble avoir moins de complicité avec son père qu’avec sa mère. Cette dernière, sans que cela soit une relation fusionnelle, a vraiment un instinct maternel très développé. Camille est écartelée entre ces deux mondes, elle n’y trouve pas sa place. Pas facile de vivre chez l’un et ensuite chez l’autre, de dire au revoir à l’un et bonjour à l’autre. C’est une situation complexe qu’elle appréhende à chaque fois. En plus, malgré les nombreux contacts qu’elle a avec eux lorsqu’elle ne les voit pas, elle se sent comme une pièce rapportée dans la nouvelle vie de son père. Pourtant, tout semble se passer au mieux, malgré ce sentiment de rejet que le lecteur comprend tout à fait. Comme l’auteur l’écrit, ce sont deux mondes parallèles qui ne se rejoignent pas.

Camille prend enfin sa décision, comme la joueuse d’échecs qu’elle. Elle prouve sa grande maturité, une décision d’adulte. Car elle sait que la situation qu’elle vit ne durera que quelques années encore. Ensuite, elle sera libre et seule. Cette expérience permet, également, à Camille de grandir. Elle essaie de ne pas trop montrer de ses sentiments. Même si elle a droit à un avocat, ce sera elle qui parlera. Elle ne laisse le soin à personne de s’exprimer.

Avec des mots très simples, des descriptions réalistes des lieux, des personnes, l’auteur nous délivre un beau message d’espoir. Malgré un divorce, malgré des personnes qui ne s’entendent pas, l’un peut faire un pas gigantesque pour la réconciliation et pour le bonheur de son enfant. Chaque partie du livre est titrée avec des références aux échecs. Les mots de l’auteur sont forts en sensibilité, de sagesse.