jeudi 23 août 2018

"Ueno Park" d'Antoine Dole

Chronique du blog Songes d'une Walkyrie



Huit personnalités, huit révoltes adolescentes, huit « mœurs » controversés au Japon où souvent tout est rigide, linéaire et sans travers ! Succinct mais efficace.

La culture japonaise est bien connue pour être dans une espèce de perfection permanente qui ne déborde jamais ou très peu, les rues sont propres, la population, pourtant nombreuse, ne se marche jamais dessus, il y a un réel dynamisme, les hommes au travail, les femmes ont généralement ce rôle de femme d’intérieur qui s’occupe du mari et des enfants, mariées avant un certain âge sinon rapidement cataloguées de vieilles filles ou mal vues dans une société fortement normée, une sorte de fourmilière géante, efficace, mais aussi profondément bornée. Étonnamment, c’est dans cette société ultra rigide que certains laissent place à une fantaisie excessive (il n’y a qu’à regarder leurs jeux télévisés), à un look coloré et sexy (K-Pop et autre business)ou encore à des idées trash (plongez dans les mangas hentaï du genre Urotsukidoji…), certainement une façon d’exorciser une pression souvent trop intense. C’est dans ce contexte que l’auteur à puiser ses idées pour écrire Ueno Park, sans critiquer le pays, mais plutôt en soulevant ce que peut cacher cette image de perfection, l’auteur dresse huit portraits d’adolescents en marge d’une société qui en demande beaucoup et qui laisse peu de place à l’émancipation et aux « hors normes ».

L’auteur a voyagé au Japon et en garde un souvenir impérissable, il en parle d’ailleurs de manière concise et succincte dans un prologue. Il est vrai que le pays du Soleil levant à sa manière émerveille par une histoire traditionnelle passionnante, attise les papilles par des spécialités culinaires folles et délicieuses, tout une culture, une langue, une histoire qui ne demandent qu’à être connues. Je suis personnellement attirée par ce Japon là, un peu moins pour celui qui codifie et inhibe sa population au point d’avoir quelques ratés psychologiques. Le Japon, c’est aussi les sakuras, les fameux cerisiers en fleurs, magnifiques aux floraisons succinctes. Tous les ans, dans les parcs, est fêté Hanami, période au cours de laquelle les japonais et les touristes peuvent observer les jolies fleurs aux pétales roses pâles. Ici, l’histoire se passe à Ueno Park au cœur de Tokyo, capitale effervescente où huit jeunes gens se retrouvent à travers leur singularité. L’auteur pointe du doigt une jeunesse qui se cherche à travers huit personnages.

Ayumi est une jeune fille studieuse, première de la classe qui réalise un jour que ce n’est pas l’excellence qui rend heureux quand on est profondément seule. Après une période cloîtrée chez elle, elle décide de reprendre contact avec le monde extérieur en fêtant Hanami seule.

Et je souris à ces vies que les fleurs de Hanami nous aident à célébrer. 
A ces vies qui nous manquent et que des vents contraires ont emporté trop tôt. 
A celles qui naissent, fleurissent et se dévoilent en plein soleil. 
A celles qui s’égarent et retrouvent leur chemin. Et à toutes celles, précieuses et 
pleines d’espoirs, qu’il nous reste encore à vivre.  

Sora est un jeune homme qui se sent profondément fille et en prend l’apparence au grand dam de ses parents qui jouent les aveugles, et subit chaque fois les moqueries et les regards haineux des uns et des autres intolérants.

Je suis une fleur et je m’ouvre au regard de cette foule. Je me sens plus proche 
de moi que je ne l’ai jamais été. Dans ma vérité. 

Fuko est une jeune fille malade, atteinte de leucémie, se déplaçant en fauteuil roulant et que la vie épuise à petits feux. Elle vit ces derniers instants auprès d’une sœur aimante et pleine d’énergie !

Tu m’as emmenée à l’endroit exact où nous ne mourons jamais. 
Celui des souvenirs. Au milieu des fleurs qui bercent les espoirs. 

Natsuki est une jeune fille qui joue de son sex appeal auprès des hommes d’âges mûrs pour gagner un peu d’argent, pas de sexe, juste de l’escorte, une oreille attentive et un profond dégoût pour ceux qui ont le monopole.

 Être une femme dans un monde d’homme. Une asphyxie lente te guette auquel 
il te faudra toute ta vie vie, être attentive. Pour ne pas devenir une ombre. Pour ne pas disparaître. 

Haruto est un jeune homme qui a perdu son père au cours d’un séisme. Aujourd’hui, il se retrouve à vivre dans l’ombre du père défunt pour faire plaisir à sa mère, en réalité il aspire à d’autres rêves.

 C’est ça mon rêve. Devenir musicien. Parcourir le monde. Rêver en grand. 
Vivre une vie que j’ai choisie. 

Daïsuké n’a pas fait d’étude et travaille dans une échoppe à pancakes et vit encore chez ses parents.

Je suis celui qu’on ne voit pas, mais à qui l’on confie un sourire sur le chemin du parc. (…) 
C’est ma façon d’appartenir à cet endroit. Ma façon d’être utile aux autres. 

Aïri est une jeune fille névrosée qui attend patiemment l’arrivée de celui qu’elle aime sous un cerisier en fleurs.

 Les lettres de son prénom sont gravés dans ma chair. Je l’ai fait hier avec la pointe 
de mon compas. Makoto mon amour. Mon idole 

Nozomu est un jeune homme SDF qui a une famille qui l’attend quelque part, mais qu’il a préféré quitter pour des raisons financières.

Nous ne somment les étrangers que d’un instant. Un instant de solitude, de peur, d’inconnu. 
Un sourire nous en délivre, une parole, un geste. Pour exister au creux de l’autre, se lier. 

Autant de personnalités, pour autant de réflexions sur l’individualité, ce qui fait ce que nous sommes, avec des questionnements sur la solitude, notre identité sexuelle, sur la vie, la maladie, la mort, mais aussi sur la place de la femme et de l’homme dans une société patriarcale, sur le regard des autres quand vous ne suivez pas une certaine linéarité, sur l’image de votre activité professionnelle, votre place dans une famille, et sur les échappées psychologiques destructrices, ces vies inventées par les adolescents pour échapper à leur quotidien, l’aspect financier au sein d’une famille, autant de thèmes qui touchent les adolescents japonais mais pas que. L’auteur décrit des personnalités bien marquées, avec toujours ce côté dramatique qui finit cependant toujours sur une note positive ou d’espoir. C’est plutôt bien fait, avec ce fil conducteur autour d’Hanami, ces tâches individuelles qui paraissent gangrener la société et qui finalement se révèlent plus lumineuses et porteuses d’ouverture d’esprit, d’acception et d’individualisation que tout autre chose. J’ai particulièrement apprécié la façon dont l’auteur finit son récit, la « boucle est bouclée ».

En bref, un roman qui narre huit tranches de vie de jeunes adolescents japonais en proie à des pressions qui les dépassent, à des codes sociétaires qui devraient les forger dans un moule et pourtant, ces huit jeunes nous ouvrent les yeux sur beaucoup de thématiques sensibles et sur une certaine liberté d’être ce que l’on est, le tout écrit avec une plume belle et sensible. Concis et efficace !

"Dancers" de Jean-Philippe Blondel

Chronique du blog Songes d'une Walkyrie



Petit ouvrage, grandes idées, Dancers n’échappe pas à cet adage en proposant à travers trois portraits adolescents, des réflexions qui leur appartiennent.

Adrien est le fis unique d’un couple de sourds muets. Un adolescent à qui tout semble réussir et qui semble avoir tout ce qu’il veut, peut-être un peu enfant gâté par des parents qui ne savent pas faire autrement pour gérer cette différence avec leur fils, cette colère qui le dévore dans l’ombre. Adrien ne sait finalement s’exprimer qu’à travers la danse, la seule chose qui le canalise, le recadre, tout en laissant une grande ouverture à la spontanéité, à l’expression de soi de la plus brute des façon, sans autre regard que de l’admiration pour son talent. On est loin des rires, des moqueries ou des insultes que peut subir le fils d’une famille différente, ici un couple de sourds muets, mais cela aurait pu tout aussi bien être un couple d’homosexuel parmi tant d’autres différences. La famille d’Adrien est à l’image de ces familles « hors norme » qui ne rentrent pas dans les rangs, des familles que l’on regarde un peu de travers pour une soit disante éthique non respectée et où malheureusement parfois les enfants souffrent. Ce qui est le cas d’Adrien, Adrien a toujours essayé de montrer que malgré des parents avec un handicap, il n’était pas plus « anormal » que les autres, toujours ce poids de se montrer un bon garçon, un bon fils, être gentil, souriant mais à l’intérieur, ça bouillonne, et en grandissant, ça éclate. Des bagarres, des violences, des actes irréparables, Adrien a besoin d’aide mais ne l’assume pas. Les mot s’étouffent dans sa bouche, là où les émotions transparaissent à travers les mouvements de son corps, dans ses chorégraphies intenses où il donne tout ce qu’il est, tout ce qu’il a, où il se perd aussi un peu, oubliant sa propre vie, propulsé vers un ailleurs artistique où il se sent enfin chez lui.

Anaïs est une ancienne gymnaste de haut niveau à la carrière trop vite écourtée. Une enfance passée trop vite à s’entraîner, un jour une sélection en équipe de France junior, un talent pour le mouvement, carré, droit, propre, Anaïs a vécu des années dans la rigueur, sous la pression, dans la douleur sans véritable enfance ou adolescence et pourtant tout s’écroule lorsque l’entraîneur décide de ne pas la garder, à peine est – elle arrivée au plus haut niveau, des années de sacrifice, pour un « tu as du talent mais tu n’as pas l’étincelle des autres ». Une expérience qui va entraîner chez elle une scission psychologique, un mal être étouffé, une impression d’être jamais assez bonne pour sortir du lot, pour se remettre Anaïs décide de changer de lycée et opte pour la danse. Une autre façon de pouvoir bouger son corps, de s’exprimer, d’user de ces années entières d’entraînement et des expériences passées. Anaïs est le reflet de toutes ces jeunes filles qui ne sont pas sûres d’elles, qui ont fait des sacrifices de leur jeunesse, de ces filles que l’on qualifie de moyennes, pas assez exceptionnelles pour réussir, trop communes, de ces adolescents qui vivent sous la pression familiale d’une réussite qui les rend fière mais qui blesse aussi terriblement l’enfant. Malheureusement, les sacrifices ont parfois des conséquences et Anaïs le comprendra à ces dépends.

Sanjeewa est fils d’immigrés sri-lankais. Des parents qui ont quitté la violence de leur pays, un père professeur de français et une mère au foyer dans son pays d’enfance, aujourd’hui la famille vit dans un quartier populaire, dans un petit appartement, le père est devenu homme d’entretien, la mère dépressive n’aspire qu’à rentrer au pays, la petite sœur a toujours est née en France. Pour Sanjeewa, ce sont des souvenirs qui peu à peu s’effacent de sa mémoire, il a connu le Sri-lanka, a connu les us et coutumes des hommes de là – bas, des danses traditionnelles qui font sommeillent en lui et qu’il exprime dans un hip-hop maîtrisé et original. Le garçon est bien élevé, parle un français parfait, d’un autre niveau de langue que les adolescents qu’il côtoie, transpire le calme et la zénitude, il a un fort côté pragmatique et un sourire à tout épreuve qui ne s’efface jamais. Sanjeewa est un personnage sensé, intelligent, raisonné et raisonnable, une très belle personne qui ne s’abaisse pas face au regard raciste et xénophobe des autres, ceux qui le jugent parce qu’il vit modestement dans une citée, qui le jugent à sa couleur de peau, Sanjeewa passe bien au delà de tout ça. Il est à l’image de ces jeunes jugés régulièrement pour ceux qu’ils ne sont pas, à qui on ferme les portes sous prétexte de ne pas avoir la tête qui convient, suffisamment d’argent pour ça ou encore une réputation infondée, bref ce qui vivent dans le « délit de sale gueule ». Sanjeewa est certainement le personnage le plus attachant par son histoire mais aussi par son caractère, très posé pour son âge.

Ces trois personnages bien distincts vont se retrouver dans la danse, dans un lycée qui propose cette option, se lier, se délier, fusionner, s’aimer, se défaire mais pour mieux se retrouver, engendrer des relations amoureuses ballottées et des amitiés étonnantes. Tous trois proposent une chorégraphie de la vie, de l’adolescence, de l’amour, de l’amitié, faites d’expériences, de vie familiale, etc… Tout autant de choses qui régissent ces personnalités attachantes, humaines et fougueuses qui parleront certainement au public visé mais aussi potentiellement aux parents de ces jeunes contrariés chacun pour des raisons diverses, chacun dans leur individualité, qui ici arrive à se retrouver et à s’épanouir dans la danse, avec toujours au dessus de leur tête, cette liberté dévorante dont ils ne se passent plus, tant elle leur offre ce que leur vie leur a pris.

L’auteur jongle entre les trois points de vue ce qui ajoute plus de force à l’ensemble et donne plus à même aux lecteurs de s’attacher à l’un ou l’autre des personnages, féminin ou masculin, d’une vie moyenne ou plus aisée, d’une peau blanche ou colorée, ici on ne parodie pas, on ne stéréotype pas, c’est le regard des autres qui l’est et c’est certainement ce qui rend les choses encore plus intéressantes. L’auteur ne prend pas son lectorat pour des imbéciles, c’est intelligent, fouillé et réfléchi.

En bref, la danse demeure au cœur de ce roman qui vient surtout dresser le portrait de trois personnages adolescents individualisés et attachants, trois personnalités, trois histoires distinctes réunies par un amour démesuré pour la pratique de la danse et pour une multitude de réflexions sensibles et fortes à la fois. Belle lecture.

mardi 21 août 2018

"Ueno Park" d'Antoine Dole

Chronique du blog L'antre de la Louve


Grand amoureux de la culture japonaise,Antoine Dole nous revient avec un roman contemporain se déroulant au Japon : Ueno Park.

Ayumi, Sora, Fûko, Natsuki, Haruto, Daïsuké, Aïri, Nozomu : ils sont jeunes et vivent au Japon. Le hasard fait qu’ils se rassemblent tous à Ueno Park, pour célébrer la floraison des cerisiers. Huit adolescents, huit fragments de vie à découvrir au pays du Soleil Levant.

Sorte de roman choral, Ueno Park est un titre qui ne laissera pas indifférent. Chapitre après chapitre, le lecteur fait la connaissance de huit héros très différents les uns des autres, des adolescents à fleurs de peau qui se cherchent mais qui ont la rage de vivre.

Dès les premières lignes, les mots d’Antoine Dole forment un tsunami d’émotions qui nous emporte. Les héros nous livrent leur quotidien, leur souffrance comme leurs espérances sont communicatives :

Plus de couleurs. Plus de paillettes. C'est mon combat dans cette arène formatée et sans âme où tous suivent des règles qui les abîment et les empêche de s'envoler dans ce ciel immense au-dessus de nous 

Mais Ueno Park, c’est aussi l’occasion de découvrir des facettes méconnues du Japon : avec réalisme, l’auteur dépeint une société japonaise tout en pudeur et contradictoire, bien éloignée des idées reçues. Antoine Dole aborde ainsi la difficulté de s’affirmer dans une société qui tend à l’uniformité. La pression sociale est pesante alors vivre au Japon quand on est ado, ce n’est vraiment pas facile !

Entre combat et résignation, rage, violence des sentiments et désillusions, Ueno Park recueille en une centaine de pages des fragments de vie qui font du bien ou qui blessent. Ce court roman inspirera à ses lecteurs une sorte de nostalgie heureuse et parlera à tous les amoureux du Japon - mais pas que. Une fois de plus, la plume d'Antoine Dole fait mouche et frappe en plein cœur !

vendredi 6 juillet 2018

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog Elle M Lire


Le meilleur ami d’Etienne, Timothée est mort à Londres, lors d’un voyage scolaire, fauché par un fou. Il laisse un grand vide dans la vie d’Etienne. Son absence est pesante. Etienne pense à lui à chaque instant, se souvient des bons moments passés ensemble, de leur amitié si forte et si évidente.

"Je ne te demande jamais pourquoi tu dis boom tout le temps.  C’est sûrement un tic. Une façon de te dérober. Comme les caissières qui disent hop, hop, voilà ! gentiment assises derrière leur console. 
Toi, tu dis boom.Tu dis boom lorsque tu es stressé. Tu le fredonnes au bahut, dehors, dans la voiture de tes parents avant tes compétitions de natation. Sur le plot du départ, avant le grand plongeon, je les lis  aussi sur tes lèvres. Des boom timides avant le coup de sifflet. 
Tu dis boom tout le temps. Ce n’est même pas énervant."

Boom.

Comme une lettre ouverte à un ami parti beaucoup trop tôt. Un hommage à une amitié inconditionnelle, dans les bons comme les mauvais moments.

Boom.

D’un trait. J’ai lu ce texte d’un trait. En retenant mon souffle. Presque en apnée. Impossible de respirer.

Boom.

J’ai tremblé au fil des souvenirs d’Etienne, au fil de ses regrets, de ses questionnements. Au fil de sa culpabilité.

" Tu aurais entrepris de grandes choses. Une grande école, une carrière prometteuse, des marinières et des vacances sur l’île de Ré,  des marmots beaux à en pleurer. C’est dégueulasse. Pardon, injuste. Je rectifie en automatique. Tu sais, j’aurais échangé ta vie contre la mienne sans hésiter.  Parce que je sais que tu aurais mieux vécu que moi."

Boom, mon cœur a fait Boom. Mes émotions ont fait Boom. Mes yeux ont fait Boom. Ils se sont mouillés à la lecture de cette vie brisée.

"Tu meurs de mauvaise humeur parce que ce jour là, j’ai été minable."

Un hymne à l’amitié, à la vie, à la jeunesse. Un texte qui tout en pudeur et en sensibilité invite à profiter de chaque instant.

Boom. 

Boom. 

Boom.

Je n’ai pas vraiment de mots pour parler de ce livre, si ce n’est : lisez-le, vraiment.

Après les Indifférents, Julien Dufresne-Lamy m’a encore touchée en plein cœur, je n’ai pas su retenir mes larmes… Son style est fluide, les phrases courtes, les mots tous choisis avec soin, ce texte est une pépite. Julien Dufresne-Lamy, vous êtes un artiste des mots. Merci de nous livrer un nouveau bijou.

Boom est un livre à lire absolument. Un récit court. Intense. Un livre que je garde précieusement pour mes fils, dans quelques années.

"Trop de chefs, pas assez d'indiens" de Marion Achard

Chronique du blog Livres à profusion


Un petit roman qui se laisse lire pour un adulte. Très facile. Cela prendre peut-être un peu plus de temps pour un enfant qui se retrouvera ou pas dans le personnage de Lally. Elle est en CM2 et cela ne se passe pas bien pour elle. Elle n’a pas de très bons résultats, va avec la boule au ventre à l’école et surtout les adultes ne la comprennent pas. Pourquoi ? Parce que Lally est une rêveuse, elle aime les histoires, notamment celles d’indiens. Si elle était interrogée en classe, elle obtiendrait de très bonnes notes. Mais Lally aime expérimenter et on comprendra pourquoi. On comprendra également la raison de ce mal-être, de cette envie de fuir, de connaître autre chose que son village où tout le monde se connait, a des opinions sur chacun.

Après analyse, Lally est, je trouve, une petite fille qui souffre. Heureusement qu’elle a sa meilleure amie, mais cela ne suffit pas. Elle recherche l’amour de ses parents, et notamment de sa mère. Cette brève rencontre avec Aldo va lui permettre de rencontrer quelqu’un qui va la comprendre. Bien sûr, elle échafaudera des hypothèses mais il lui fera un magnifique cadeau. Même si elle ne comprend pas tout, Lally sera extrêmement franche avec ce jeune homme. Elle avait besoin de lui et il a eu besoin d’elle. Quand une rencontre est magique et permet de changer le cours d’existences, c’est magnifique.

J’aime ces auteurs qui savent parler aux enfants, même les plus jeunes sans utiliser de mots trop difficiles. La lecture est plaisante et aborde les thèmes de l’amitié entre enfants, enfants et adultes. Autre thème celui de l’enfant qui ne se sent pas à sa place dans un monde trop régi par les lois, par la norme. On ne donne pas assez de place à ses enfants rêveurs, qui ont beaucoup d’imagination et qui s’instruisent d’un autre côté, grâce à leurs passions. Ces enfants peuvent être déstabilisés lorsqu’ils rencontrent une situation qui se révèle fausse. Comme le dit si bien l’auteur par la voix, l’écriture de Lally. Le cerveau prend du temps pour apprendre un fait, des données. Lorsque ces derniers sont faux et qu’il n’y a pas d’explications données, il est encore plus difficile à ce même cerveau d’annuler l’info apprise et d’en apprendre une autre.

Pour information, lorsque j’ai lu le titre, je m’attendais à une toute autre histoire. Il m’a fait penser à ces livres de développement personnel où l’on est en prise avec un Chef et que l’on est un indien qui doit suivre les idées de ce chef et ne pas montrer trop de résistances. Je pensais que ce serait une histoire de cour d’école avec ceux sont les stars de l’école, qui font et défont les amitiés et qui acceptent ou pas d’autres élèves. Je me suis trompée de bout en bout et ce n’est pas plus mal.

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog Lirado


« Boom » c’est d’abord le bruit du choc, celui qui a tué Timothée ce jour là, sur le pont de Westminster lorsqu’une voiture l’a fauché avec d’autres piétons.
« Boom » c’est aussi le tic de langage de Timothée, dont se souvient Etienne avec amusement.
« Boom » c’est enfin le son d’un coeur qui palpite lorsqu’un coup de foudre naît. S’il n’est qu’amical entre Etienne et Timothée, il n’en est pas moins intense.

Comment supporter la mort de son meilleur ami lorsqu’elle survient sans prévenir ? Etienne a du mal. Il se remémore sans cesse ce voyage scolaire londonien où tout a basculé, mais aussi les souvenirs de son amitié avec Timothée. Ecrit comme une longue lettre à son ami, Boom nous prend aux tripes avec ses phrases coup de poing, ciselées, qui vont droit au cœur. Le chagrin d’Etienne n’est pas feint et Julien Dufresne-Lamy a su se mettre et nous mettre à la place d’Etienne, partager ses émotions.

Boom c’est aussi une touchante histoire d’amitié. Entre les lignes on devine le lien tenu qui unissait Etienne et Timothée. L’un est parti trop tôt, laissant l’autre dévasté. Le roman met en exergue l’histoire de ces deux amis et le fait de manière très sensible.

En quelques mots :

Boom. Le bruit du choc lorsque la voiture a fauché Timothée, le son du coeur qui palpite, le tic de langage de cet ami parti trop tôt. Dans ce qui ressemble à une longue lettre adressée à son meilleur ami, Etienne confie sa difficulté à faire son deuil. Les phrases ciselées, pleines de poésie, viennent mettre en exergue l’histoire de ces deux amis. Boom nous prend aux tripes et nous fait partager de manière intense les émotions d’Etienne. On se sent gagné à son tour par le chagrin de l’adolescent. Poignant !