vendredi 8 juin 2018

"J'embrasse pas" de Richard Couaillet

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Et oui, encore un Harry ! Oui mais celui-là, c'est Sarah qui en parle, et elle aussi, elle est tombée sous le charme du bel Américain. Comme tant d'autres de son collège. Elles tombent toutes comme des mouches et se font abandonner tout aussi rapidement. 
Avouez que le challenge est rude !

Parce que Sarah a un problème et pas des moindres : elle n'aime pas embrasser. C'est "gueulash" comme dirait son petit frère Lancelot.
Alors, quelle stratégie adopter pour pouvoir approcher le bel Harry ?
Le moins qu'on puisse dire est que celle de Sarah ne manque pas de piquant et de panache : elle décide de pratiquer le même sport que l'élu de son cœur : l'escrime !
En la matière, elle a un allié de choix : son frère Ewen qui excelle dans le domaine (en tout d'ailleurs, ce qui en passant permet aussi de gagner la confiance de ses parents).

Et moi aussi, je suis tombée sous le charme du ton de ce roman, absolument truculent.
On ne s'y ennuie pas une seconde, on rit à gorge déployée, on ne s'étonne même plus des péripéties, au contraire, on soutient secrètement la jeune fille qui nous épate par sa détermination (aurait-on été capables d'aller au bout ?...). Elle s'adresse au lecteur avec un naturel déconcertant , suit son obsession tel un sportif de haut niveau (alors qu'elle sue sang et eau), franchement, on peine pour elle bien installé dans son canapé...

Je ne dirais rien de la fin !

J'ai du coup découvert la plume de Richard Couaillet avec ce roman et cela me fourmille les doigts d'aller découvrir les autres. 

Un roman épatant sur les lueurs de l'amour et surtout sur ce qui'il est capable de nous faire faire ! Et que les adultes seraient bien inspirés de lire tiens !

mardi 29 mai 2018

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog D'une berge à l'autre


Étienne tente de faire le deuil de Timothée, le deuil impossible de son meilleur ami. « Tu es parti avec ma tranquillité. Je ne dors plus, je vis mal, mes nuits sont bruyantes et mes journées deviennent de longs tunnels silencieux. »

Ils s’étaient rencontrés trois ans plus tôt. Trois ans dans le même lycée, trois ans à tout partager. Une amitié fusionnelle. Timothée le bon élève, le bien éduqué. Étienne la grande gueule, le fêtard, le dilettante. Il aura fallu un voyage scolaire à Londres, une voiture folle sur le pont de Westminster et une jeunesse fauchée en quelques secondes pour que leurs chemins se séparent. A jamais.

Étienne s’en veut, il culpabilise de ne pas avoir été là au moment du drame. Son monologue s’adresse à l’ami disparu, il évoque les bons souvenirs, les moments inoubliables et ceux qu’ils ne pourront plus partager. L’absence est trop béante pour envisager une possible reconstruction, pour aller de l’avant, pour imaginer l’avenir.

D’une seule voix, comme une longue lettre à l’absent. C’est à la fois construit et décousu, hésitant et plein de certitudes. Étienne ne s’adresse pas à d’éventuels lecteurs, c’est à Timothée qu’il parle. Il oscille entre colère et confidences, tristesse et culpabilité.

Un texte touchant, pudique, qui ne fait qu’effleurer les causes de la mort pour se focaliser sur ses conséquences, sur cette blessure impossible à refermer. Le ton est juste, la douleur s’exprime sans débordements lacrymaux inutiles. Les mots se suffisent à eux-mêmes, l’amitié est si sincère qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Une confession sur un fil, fragile, avec les mots simples et directs d’un ado confronté à une tragédie qui le dépasse.

vendredi 18 mai 2018

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog Publikart



Boom, ou la lettre d’un ado à son ami assassiné 

Publik’art connaît bien Julien Dufresne-Lamy et le lit avec plaisir depuis plusieurs années. Son dernier roman, Les Indifférents ne nous avait surtout pas laissé indifférents puisqu’il avait été notre coup de cœur. L’auteur connaît bien le monde de l’adolescence. Peut-être une partie de lui-même se sent-il encore très fortement adolescent ? D’ailleurs, n’est-ce pas un peu le cas de chacun d’entre nous ? 

Boom, un bruit meurtrier 

Mais avec Boom, on entre dans le monde de l’adolescent traumatisé. Etienne écrit à son ami, Thimothée. Ils ont 17 ans, sont dans le même lycée et depuis trois ans, ils ne se quittent plus. Les meilleurs amis du monde. Ils ont fait les 400 coups ensemble, à la fois très différents et complémentaires. Bref, une amitié fusionnelle, entière. Chacun avec ses qualités, mais aussi ses défauts. Ce que décrit Etienne, nous l’avons tous vécu. Une très forte amitié à un moment clé de notre vie, à l’adolescence. Un âge où on est prêt à donner sa vie pour son meilleur ami. 

Mort subite insupportable 

Le ton est donné. Thimothée s’est fait faucher par un terroriste, sur le pont de Westminster alors qu’il était en voyage à Londres avec son lycée et son meilleur ami, Etienne. L’histoire est terrible et surtout terriblement vraie. Les mots sonnent très justes, et nous percutent là où ça fait mal. Et pourtant pas de mélo dans l’écriture de Julien Dufresne-Lamy, bien au contraire. L’auteur nous dévoile déjà l’amitié de ces deux ados et ensuite le monde dans lequel est plongé Etienne, juste après la mort de son ami. Tout est entremêlé. Plus rien n’a de sens avec « Ta mort ressemble à ça. Le minimum. Juste une bagnole pourrie ». 

Survivre sans 

Aucune haine mais un immense sentiment de culpabilité. Etienne survivant et Thimothée décédant. Comment survivre après une telle douleur ? Boom est un livre qui ne peut que nous interpeller. C’est à la fois un bel hommage rendu aux victimes des attentats et aussi un beau message à tous les survivants qui n’arrivent plus à vivre, envahis par un immense sentiment de solitude et surtout de culpabilité. Mais c’est aussi un très bel hymne à la vie. 

L’écriture de Julien Dufresne-Lamy est concise. Chaque mot est pesé, voire soupesé. Pas besoin d’écrire des pages et des pages. Tout est essentiel dans ce petit livre Boom. Boom est édité chez Actes Sud Junior, pour les adolescents à partir de 15 ans. Il doit surtout être lu par nous tous, sans limite d’âge ! Absolument. Un coup de coeur pour Publik’Art !

"Coupée en deux" de Charlotte Erlih

Chronique du blog Takalirsa


La situation familiale de Camille a beau être banale, elle est pourtant source de souffrance. Tandis que la jeune fille attend en compagnie de ses parents l'heure du rendez-vous avec la juge, elle revient sur ce divorce qui a séparé sa vie en deux, la faisant évoluer d'une semaine sur l'autre dans des mondes quasi parallèles : "Quand mes parents se sont séparés, je me suis fissurée. Je tenais encore debout mais j'étais lézardée sur toute ma hauteur". 

Le contraste est d'autant plus marqué que son père et sa mère ont des caractères opposés. L'une est plutôt stricte et organisé, tandis que l'autre se montre drôle et désinvolte. Avec sa mère, Camille mène une vie cadrée mais rassurante. Son père s'est remarié (avec Laure) et a eu une seconde fille, encore bébé. L'adolescente s'entend très bien avec elles deux. Choisir entre les deux foyers est donc chose impossible : Camille s'y sent aussi bien. Son déchirement est évoqué avec beaucoup de sensibilité. Sa perception des situations privilégie avant tout son ressenti. De même les personnalités des principaux protagonistes affleurent subtilement au fil des scènes bien plus qu'elles ne sont décrites. Ainsi on a l'impression d'être immergé dans le cœur de Camille tout en suivant l'intrigue de l'extérieur, un peu comme la jeune fille elle-même, qui tente de raisonner objectivement tout en étant submergée par son émotion, qui se sent parfois étrangère au problème alors qu'il la concerne directement. 

Mais après tout, "c'était leur histoire, pas la mienne", non ? Soutenue par la juge, Camille finira par laisser la responsabilité à ces adultes qui ont "détruit son équilibre", à l'issue d'un suspense plein de tension et qui aura plusieurs dénouements. Car certaines situations ne peuvent se dénouer en un mot ni même en un jour, il faut laisser le temps aux enfants comme aux parents de ré-envisager la vie autrement.

"Une fille de..." de Jo Witek

Chronique du blog Takalirsa


Le cri d'amour d'une fille pour sa mère, le cri de rage d'une adolescente pour "gagner sa dignité" de femme. 

Hanna réalise très tôt qu'elle n'est "pas une enfant comme les autres. Que ma mère n'est pas une femme comme les autres et que les autres me feront payer cher cette différence." Tandis qu'elle court, elle raconte sa vie "au milieu des secrets, des non-dits", ce père dont elle ne sait rien, sa mère dont il faut cacher la profession ("serveuse, c'est le nom officiel du job de maman. C'est le déguisement social qu'elle me propose.") et quand "ça" finit par se savoir, le regard des gens qu'il faut supporter, la pitié ("pauvre petite"), la honte et en grandissant, les humiliations sexuelles des "débiles" : "J'en crève"... 

Et pourtant, Hanna ne reproche rien à sa mère : "Ma mère se prostitue, c'est vrai, mais je l'aime, et je suis fière d'elle, parce qu'après ce qu'elle a vécu et ce qu'elle vit encore, elle a réussi à m'offrir de l'amour, beaucoup d'amour". Hanna revient alors sur le passé de la jeune Ukrainienne enrôlée malgré elle dans un réseau de proxénètes, et l'on ne peut que se rallier à sa colère envers ces hommes qui salissent tout par leur business, le corps, et l'âme - "de l'esclavage physique et moral en plein XXIe siècle". Et puis il y a les clients, qui entretiennent tout autant le système, et tous ceux qui ferment les yeux, qui jugent et condamnent au lieu d'aider... "C'est vous qui êtes infâmes ! Pas elles !". 

Alors Hanna court, elle court pour se sentir libérée du regard des autres, "pour exister" tout simplement et, peut-être, donner sa chance à l'amour. Car son image des hommes, entre peur et dégoût, son appréhension des relations sexuelles, centrées sur le désir, empreintes de violence, ne laissent guère de place pour "le bonheur à deux que partagent les amoureux"... "Et si, à cause de la monstruosité humaine, à cause de l'histoire de ma mère, j'étais à jamais privée de la légèreté d'aimer ?". Mais justement, quel est ce mystérieux rendez-vous vers lequel court la jeune fille à travers cette course inhabituelle de deux heures, elle qui déteste bousculer ses habitudes ? "Il est temps de me lancer." car "J'aime l'idée que l'on puisse renaître".

"Pour toujours" de Christian Demilly et Vincent Mahé

Chronique du blog L'oiseau lit


Pour toujours : l’émotion silencieuse

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J’ai reçu le mois dernier un album un peu particulier, signé Christian Demilly et Vincent Mahé.
Il me paraît difficile de traduire avec précision l’intensité des mots et des images que contient ce livre, et l’émotion très forte qu’il m’a procurée, mais je ferai de mon mieux dans cet article pour vous expliquer un peu l’expérience de lecture que cet album propose et pourquoi il faut absolument que vous le lisiez. 

Pour toujours, c’est une ode au cycle de la vie. L’histoire, en peu de mots et beaucoup d’illustrations, d’une humanité actuelle en la personne d’une petite fille, qui devient femme, et tout en étant femme devient mère.
Une vie dans l’immensité, comme tant d’autres, faite de joies et de chagrins, d’ennui, de curiosité, d’envie… Un petit point de lumière, comme dit la chanson, qui s’allume et finit, un jour, par s’éteindre.
Une existence qui, en fin de compte, ne prend son sens que parce qu’elle aura attendu l’autre, et vécu la vie à ses côtés, qu’il s’agisse d’un animal de compagnie, d’un être à aimer tout entier, d’un enfant à élever vers le monde. 

Chaque rencontre mène à ce souhait : « Je voudrais que tu sois avec moi pour toujours. »
Elles sont présentées par les textes poétiques de Christian Demilly, qui sonnent comme une ritournelle, un espoir répété du fond du cœur, et sont ensuite développées par les illustrations de Vincent Mahé, qui nous plongent dans le quotidien du personnage. 

Épurées, douces et intenses, chaque scène illustrée par Vincent Mahé fait surgir une multitude d’émotions et de sentiments auxquels on s’identifie aisément ; un regard, un mouvement, la lumière d’un paysage, chaque détail est extrêmement vivant, si bien que l’absence de mots n’est qu’une évidence. 

J’ai passé plusieurs minutes, penchée sur chacune de ces planches de bande dessinée muettes, habitée par la beauté de qui m’était montré.
Et c’est la rencontre entre la mère et l’enfant, et le lien qui unit ces deux êtres qui m’a le plus émue et rappelé mon histoire personnelle. 

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Si, toutefois, la transition avec l’illustration finale m’a semblé un peu rapide par rapport au rythme du reste de la narration, Pour toujours offre une lecture inédite, vibrante, à la fois réjouissante mais un petit peu difficile aussi, parce qu’elle est très évocatrice et qu’elle peut faire référence à des éléments de l’histoire personnelle de chacun d’entre nous. C’est indéniablement une vraie réussite. 

Je pense que cet album parlera en grande partie davantage aux adultes qu’aux enfants, dans sa profondeur et son émotion, tant il porte un regard sensible sur la vie et l’impermanence, mais il pourra permettre, d’un point de vue concret, de familiariser le jeune lecteur (plutôt à partir de 9-10 ans à mon sens) avec la lecture à la fois linéaire et tabulaire de la BD (qui est loin d’être une lecture aisée), et d’un point de vue plus sémantique, de l’initier à l’interprétation du message délivré par le livre sur la vie.
L’expérience vaut le détour, quoi qu’il en soit !