lundi 12 novembre 2018

"Un arbre, une histoire" de Cécile Benoist et Charlotte Gastaut

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Une autre merveille !
Un livre entre conte et documentaire.

Qui rend hommage aux arbres en racontant l'histoire de chacun et elles sont si surprenantes !

A chaque fois, une double page illustrée par Charlotte Gastaut qui déploie dans chacune d'elles un univers absolument magnifique, aux couleurs profondes, et cela permet au lecteur de s'imprégner davantage encore de l'atmosphère de chaque histoire écrite page de gauche par Cécile Benoist.

Le rythme aussi est parfait : trois histoires avec leur univers se déroulent à la suite puis vient une page dans laquelle les arbres sont définis selon une de leur caractéristique (Les excentriques, Les géants, Les architectes, Les vénérés, Les vieux) et j'ai beaucoup apprécié ce procédé.


Un livre qui rappelle combien les arbres sont intimement lié à l'humanité : vénérés ou détruits, ils ont des choses à nous dire et ont eux aussi leur histoire qu'il faut connaitre pour mieux les respecter. J'ai fait un très beau voyage en leur compagnie.

J'aurais aimé en mettre des images mais leur piètre qualité n'aurait pas rendu toute leur beauté. Alors ne vous privez pas d'aller le feuilleter d'abord puis de vous en imprégner ensuite.

Un livre à offrir, à lire et relire, pour moi, un magnifique bijou très émouvant.


vendredi 9 novembre 2018

"Comment élever le monstre du placard" d'Antoine Dole et Bruno Salamone


Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Revoilà ce petit garçon bourré d’imagination et d'un petit poil de mauvaise foi qui nous a prouvé dans le précédent tome que le monstre du placard existe bel et bien ! 

Une fois là, il faut bien s'en occuper comme un grand et lui montrer les bonnes manières...sauf que ce monstre n'en fait qu'à sa tête, même plus le temps d'écouter ses parents !

Oh oh, qu'il est bien vu cet album avec son p'tit air impertinent juste ce qu'il faut et son effet miroir plein d'auto-dérision. 

Bourré d'humour, aussi bien dans le texte et les illustrations, chaque lecture se renouvelle tant il permet à la fois une prise de distance et un sens du vécu à nul autre pareil ! 

Une chute toujours délicieuse clôt cette énumération de bêtises mode "c'est pas moi qui l'ai faite !" mais surtout, cet album réussit ce tour de passe passe que les enfants affectionnent tant : les renvoyer à leurs propres attitudes et prendre la place des parents, en se moquant (gentiment) de leurs petites obsessions éducatives quotidiennes. 

Ce duo Antoine Doleet Bruno Salamone s'est bien trouvé ! En plus, l'album est beau, juste parfait et le face-à-face texte et illustrations (page de gauche et page de droite) joue à merveille cette amplification des événements.

Le prochain tome serait-il Comment se débarrasser du monstre du placard ?

En tous cas, quel qu'il soit, ici, on l'attend !


"J'en rêvais depuis longtemps" d'Olivier Tallec

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Quel bijou d'humour !
Mais venant d'Olivier Tallec, on s'y attend toujours mais en même temps, il arrive encore à nous surprendre !

Que veut dire ce titre et cet image de couverture ? (réponse sur la quatrième de couverture).
Le premier qui plonge sur le ballon a gagné ?
Car oui, c'est bien de la relation d'un enfant à son chien qu'il s'agit...ou plutôt le contraire...enfin, on ne sait plus vraiment parfois tant la limite est ténue. Et puis, si, le lecteur comprend qui parle en définitive et ça fait tout drôle.

Mais qu'est-ce que c'est bien vu nos petits travers d'humains vu par le prisme de ce chien irrésistible !
Le jeune garçon de l'histoire a reçu un chien pour Noël. Mais qui donc en rêvait depuis longtemps ?

S'ensuit des grands tableaux avec le texte au-dessus dans ce format à l'italienne idéal pour donner toute leur force à ces saynètes. Et il y a une foule d'indices à décrypter pour saisir à chaque fois toute la subtilité du texte assez pince-sans-rire et les illustrations où les deux protagonistes sont toujours dans une relation à deux, avec leurs grands yeux étonnés identiques, dans un mimétisme parfait, ce qui rajoute à la confusion du propos.

Un renversement de situation qui renouvelle cette relation enfant/animal de compagnie et franchement, on s'éclate !
On en redemande !
Car qui n'a jamais rêvé que son animal préféré prenne la parole ? Ceci dit, il nous mène bien souvent par le bout du nez, cet album a le mérite de le prouver !

A lire avec son chien, son chat, ses poules, son poisson rouge....et accessoirement avec des enfants.


"Mon âme frère" de Gaël Aymon


Chronique du blog Wonderbook jeunesse


J’ai commencé ma lecture avec quelques à priori et préjugés sur l’intrigue. Je suis très exigeante concernant les histoires d’amour dans les romans, car bien souvent ce sont les mêmes stéréotypes que l’on voit défiler au fil des pages. Je ne suis donc pas vraiment la cible tout public pour ces romans-là. Donc ici, voir une fillette issue d’un monde bourgeois, bouder ses privilèges et envier le quotidien des autres… J’ai vraiment été sceptique !

Et pourtant ! J’ai vraiment été agréablement surprise. Si les premières pages m’ont moyennement convaincue sur le fond, j’ai vraiment été happée par la plume de Gaël Aymon. Il a une écriture fluide, brute, sans artifices. D’emblée, j’ai trouvé qu’il développait très bien l’aspect psychologique de ses personnages, alors j’ai voulu pousser un peu plus loin ! De chapitre en chapitre, il fait monter la tension avec brio. J’ai été la lectrice fébrile qui tourne les pages avec appréhension pour voir jusqu’où le mal-être de cette jeune fille pouvait la conduire elle, mais aussi sa famille et ses proches.

" Tu sais, je t’en ai pas vraiment parlé, mais c’est pas la joie au lycée. T’as pas de quoi être jaloux de ma vie ! Les gens m’aiment bien, les filles sont gentilles. […] Mais… je ne suis pas joyeuse. J’ai l’impression de ne jamais être moi avec eux, d’être l’intruse dans une classe de grosses têtes. "

On vit ses émotions à travers elle, on souffre avec elle et au final, on l’a comprend. On comprend la relation conflictuelle qu’elle entretient avec ses parents et les adultes en général. On comprend pourquoi elle aime Yanis par-dessus tout, au-delà de leurs différences respectives.

" Tu tentes d’éclaires mon chemin, tout en suivant le tien. Mais tu avances trop vite. Je m’embourbe et te perds de vue, sans savoir où aller. Je sais que pour moi, tout est foutu. Alors je reste seule et je me console en pensant que, de nous deux, le meilleur est sauvé. "

Le roman va bien plus loin que l’histoire d’une ado incomprise qui franchit les limites par amour. Ce roman est avant tout une mise en lumière du mal-être d’un bon paquet d’adolescents. Camille représente les incompris, ceux qui n’ont pas le droit d’être malheureux parce qu’en apparence ils ont tout pour être heureux. Moi la première j’avais ce préjugé alors ce récit m’a remis les idées en place ! Je remercie l’auteur pour cela !

Je pense que ce roman peut réellement apporter quelque chose de très positif pour les jeunes lecteurs. En aucun cas il n’est moralisateur non plus. Un joli condensé de valeurs fondamentales : le respect, l’écoute et l’empathie.

"Stolen" de Pascale Perrier

Chronique du blog Un livre dans ma valise


Jusque dans les années 70, des enfants aborigènes étaient arrachés à leurs familles pour être placés dans des institutions ou chez « des Blancs ». « Stolen » raconte l’histoire de l’une de ces familles. Un roman bouleversant et éclairant sur l’Histoire australienne.

Pour votre prochain voyage en Australie avec un ado, ce livre est incontournable pour comprendre l’Histoire australienne, et la place des Aborigènes dans la société.

« Stolen », un mot qui claque, qui interpelle, qui interroge.
« Volé » ? Un objet donc… non des humains ! Durant un siècle – de 1869 à 1969, des enfants aborigènes étaient séparés de leurs familles, du jour au lendemain et sans explication auprès des enfants pour être placés chez des Australiens blancs, dans des orphelinats ou des internats.

Si je connaissais ce phénomène avec les Indiens aux USA, j’ignorais complètement la situation pour les Aborigènes. Le Gouvernement australien a présenté officiellement ses excuses au peuple aborigène pour ces enlèvements (« stolen générations » – « générations volées ») et les mauvais traitements en 2008.

Stolen, un roman de Pascale Perrier sur les « générations volées » en Australie 

Inspiré d’histoires vraies, ce roman pour ados prend la forme d’un « road novel » : le lecteur va suivre le parcours de Joshua, 15 ans, adopté par une famille blanche depuis son plus jeune âge… et qui découvre qu’il est aborigène.

Sa sœur Ruby – dont il ne se souvient pas – surgit sans prévenir dans sa vie. Ils sont rapidement rejoints par leur grand frère pour former un trio de choc en quête de leur famille. A trois, ils vont essayer de remonter le cours de leur histoire cachée / volée pour renouer avec la culture aborigène dont ils n’ont que de vagues souvenir. Et voilà qu’un beau matin, ils embarquent dans une voiture brinquebalante pour retourner dans leur lointain village de l’Outback…

La force du roman tient dans la prise de paroles de chacun des protagonistes, dont la mère adoptive de Joshua. Alterner les points de vue, croiser les ressentis donnent matière à réfléchir. Dans ce roman, il est question de racines bien sûr, de déracinement, d’identité, de fratrie… Rien n’est simple pour chacun des protagonistes, et chacun se livre, se questionne, hésite dans ses choix. Rien n’est tranché, et c’est à chacun de choisir désormais le chemin qu’il souhaite poursuivre.

Autant vous le dire : le roman est passionnant… mais qu’est-ce que j’ai pleuré dès l’arrivée dans l’Outback ! La finesse psychologique de chaque protagoniste, la quête de vérité, mais aussi la peur de perdre son enfant pour la mère adoptive… Que d’émotions à digérer au cours de cette lecture… mais aussi quel portrait de l’Outback qui a fait resurgir chez moi des souvenirs déjà lointains de voyage en Australie.

"Mon âme frère" de Gaël Aymon

Chronique du blog Songes d'une Walkyrie


Camille est une jeune lycéenne qui suit depuis des années de belles études tant souhaitées par ses parents. Si ces derniers souhaitaient pour leur fille une voie scientifique et une réussite incontestable à leur image, Camille avait fait des vœux littéraires auxquels ils avaient concédés d’y répondre favorablement tant qu’elle obtenait un bac littéraire de haut niveau dans un lycée élitiste et qu’une prépa l’attendait ensuite pour entrée dans une grande école. Mais depuis quelques temps ses notes baissent progressivement, ce qui n’est pas pour plaire à ses parents, plus précisément à son père, qui en vient rapidement à des punitions drastiques et surtout à une certaine violence.

A travers le personnage féminin de Camille, l’auteure pose diverses réflexions adolescentes relatives à leur avenir, leur orientation scolaire, leur envie se confrontant parfois à celle de leurs parents, à leur premier émoi amoureux véritable, le tout dans une tension familiale particulièrement oppressante. Le personnage de Camille est en pleine introspection, c’est d’ailleurs son point de vue que l’on suit permettant au lecteur de bien s’identifier au personnage mais surtout à ses réflexions.

Camille doute, Camille n’a plus envie, Camille ne veut pas ce que l’on a planifié pour elle, Camille est amoureuse, Camille étouffe dans ce cocon familiale et parisien qu’on lui impose, qui semble indifférent et très peu à l’écoute. Camille est au bord du gouffre.

L’orientation scolaire, une vaste question lorsque l’on a seize ans, difficile de toujours savoir ce que l’on veut, particulièrement lorsque votre famille a décidé pour vous et ne cherche donc pas à en savoir davantage. Le chemin est tracé, il ne reste plus qu’à le suivre sans embûche mais ce n’est pas le cas de Camille. Camille étude dans un lycée parisien prestigieux, sa vie de famille est assez limitée, des parents travaillant dans le domaine médical, souvent absent, un père fébrile qui ne veut que la réussite des études de sa fille avec une vision profondément élitiste de la chose, pourquoi sa fille ferait « moins bien » que lui ? Le personnage du père est très inconfortable pour le lecteur, trop exigeant, des œillères bien fermées, une oreille peu attentive, des idées préconçues, des comportements extrêmes douteux, difficile pour Camille de s’imposer. Et ce n’est pas l’absence de réaction de la mère qui aide, effacée, en retrait, toujours dans l’aval du père, mais où est la parentalité au sein de ces deux personnages certainement volontairement poussés à l’extrême mais qui sont aussi probablement un reflet bien triste d’une réalité de certaine vie de famille ? Comment imaginer un enfant confiant et bien dans sa tête avec ça ?

Si on voit donc bien développé le côté famille avec ses relations difficiles, le côté du lycée est lui aussi bien présenté. Les fameux rendez – vous avec le professeur principal lorsque vos notes, vos attitudes, etc. sont modifiées, inquiétantes et que l’on finit par vous envoyer voir la ou le conseiller d’orientation qui ne sait pas toujours répondre à vos besoins, puisque vous même ne savez pas. C’est ce qui arrive à Camille, elle ne sait pas ce qu’elle veut pour son avenir, ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut pas de ce que l’on ambitionne pour elle. Ici elle trouvera cependant dans un second temps un allié avec cette conseillère d’orientation qui va la soutenir lorsqu’elle prendra des décisions draconiennes.

Finalement Camille va s’évader dans les bras de Yanis, son petit copain, son amoureux, son âme frère, celui qui l’écoute, celui qui l’a comprend. Il y a une certaine fusion entre ces deux adolescents qui vivent leur première vraie histoire d’amour, ils se sont bien trouvés, se voient très peu car ils ne sont pas dans le même lycée et sont très différents, que ce soit du point de vue de leur origine sociale et ethnique. Malheureusement, pour chacune des familles, cet amour n’est pas vraiment pris au sérieux, et là aussi Camille aura rapidement des barrières pour vivre cette histoire. Une histoire qui va aussi avoir ses moments difficiles, ses incompréhensions, ses différences qui resurgissent, ses non-dits, ses premières expériences. L’amour adolescent n’est certainement pas le plus évident à vivre, tout est exacerbé, et ici cela sonne juste, bien équilibré avec ce sentiment que toutefois cela peut aussi vite basculer du côté passionnel que de la frustration, on est sur le fil tout au long du roman.

Avec tout ça, Camille va basculer et trouver potentiellement sa voix ailleurs… Tout un contraste pour elle, un point de vue un peu tranché certes, mais intéressant, ce rapport entre la vie parisienne élitiste, très culturelle et intellectuelle et cette campagne provinciale plus physique, nature, réaliste en quelque sorte, plus saine aussi certainement, qui va réveiller Camille et lui faire prendre conscience de ce qu’elle aime depuis toujours et que l’on avait étouffé en elle en lui imposant certaines décisions.

Avec tout ça l’auteure offre un roman assez riche, sur des thématiques sensibles et réalistes pour les adolescents à travers un style et une fluidité de lecture des plus agréables. C’est dynamique, riche de dialogues et l’ouvrage se lit très vite. A savoir que deux autres ouvrages existent avec les mêmes personnages ; « Ma réputation » et « Oublier Camille », il n’est pas nécessaire de les lire pour lire et comprendre celui-ci (c’est d’ailleurs mon cas).

En bref, un nouveau titre qui raconte une belle histoire, une belle prise de conscience d’une adolescente forte et finalement déterminée à comprendre ce qui ne va pas dans sa vie. Le personnage est plutôt courageux. Nul doute que les adolescents se laisseront portés par ce roman qui pour la majorité leur fera écho.