vendredi 6 juillet 2018

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog Elle M Lire


Le meilleur ami d’Etienne, Timothée est mort à Londres, lors d’un voyage scolaire, fauché par un fou. Il laisse un grand vide dans la vie d’Etienne. Son absence est pesante. Etienne pense à lui à chaque instant, se souvient des bons moments passés ensemble, de leur amitié si forte et si évidente.

"Je ne te demande jamais pourquoi tu dis boom tout le temps.  C’est sûrement un tic. Une façon de te dérober. Comme les caissières qui disent hop, hop, voilà ! gentiment assises derrière leur console. 
Toi, tu dis boom.Tu dis boom lorsque tu es stressé. Tu le fredonnes au bahut, dehors, dans la voiture de tes parents avant tes compétitions de natation. Sur le plot du départ, avant le grand plongeon, je les lis  aussi sur tes lèvres. Des boom timides avant le coup de sifflet. 
Tu dis boom tout le temps. Ce n’est même pas énervant."

Boom.

Comme une lettre ouverte à un ami parti beaucoup trop tôt. Un hommage à une amitié inconditionnelle, dans les bons comme les mauvais moments.

Boom.

D’un trait. J’ai lu ce texte d’un trait. En retenant mon souffle. Presque en apnée. Impossible de respirer.

Boom.

J’ai tremblé au fil des souvenirs d’Etienne, au fil de ses regrets, de ses questionnements. Au fil de sa culpabilité.

" Tu aurais entrepris de grandes choses. Une grande école, une carrière prometteuse, des marinières et des vacances sur l’île de Ré,  des marmots beaux à en pleurer. C’est dégueulasse. Pardon, injuste. Je rectifie en automatique. Tu sais, j’aurais échangé ta vie contre la mienne sans hésiter.  Parce que je sais que tu aurais mieux vécu que moi."

Boom, mon cœur a fait Boom. Mes émotions ont fait Boom. Mes yeux ont fait Boom. Ils se sont mouillés à la lecture de cette vie brisée.

"Tu meurs de mauvaise humeur parce que ce jour là, j’ai été minable."

Un hymne à l’amitié, à la vie, à la jeunesse. Un texte qui tout en pudeur et en sensibilité invite à profiter de chaque instant.

Boom. 

Boom. 

Boom.

Je n’ai pas vraiment de mots pour parler de ce livre, si ce n’est : lisez-le, vraiment.

Après les Indifférents, Julien Dufresne-Lamy m’a encore touchée en plein cœur, je n’ai pas su retenir mes larmes… Son style est fluide, les phrases courtes, les mots tous choisis avec soin, ce texte est une pépite. Julien Dufresne-Lamy, vous êtes un artiste des mots. Merci de nous livrer un nouveau bijou.

Boom est un livre à lire absolument. Un récit court. Intense. Un livre que je garde précieusement pour mes fils, dans quelques années.

"Trop de chefs, pas assez d'indiens" de Marion Achard

Chronique du blog Livres à profusion


Un petit roman qui se laisse lire pour un adulte. Très facile. Cela prendre peut-être un peu plus de temps pour un enfant qui se retrouvera ou pas dans le personnage de Lally. Elle est en CM2 et cela ne se passe pas bien pour elle. Elle n’a pas de très bons résultats, va avec la boule au ventre à l’école et surtout les adultes ne la comprennent pas. Pourquoi ? Parce que Lally est une rêveuse, elle aime les histoires, notamment celles d’indiens. Si elle était interrogée en classe, elle obtiendrait de très bonnes notes. Mais Lally aime expérimenter et on comprendra pourquoi. On comprendra également la raison de ce mal-être, de cette envie de fuir, de connaître autre chose que son village où tout le monde se connait, a des opinions sur chacun.

Après analyse, Lally est, je trouve, une petite fille qui souffre. Heureusement qu’elle a sa meilleure amie, mais cela ne suffit pas. Elle recherche l’amour de ses parents, et notamment de sa mère. Cette brève rencontre avec Aldo va lui permettre de rencontrer quelqu’un qui va la comprendre. Bien sûr, elle échafaudera des hypothèses mais il lui fera un magnifique cadeau. Même si elle ne comprend pas tout, Lally sera extrêmement franche avec ce jeune homme. Elle avait besoin de lui et il a eu besoin d’elle. Quand une rencontre est magique et permet de changer le cours d’existences, c’est magnifique.

J’aime ces auteurs qui savent parler aux enfants, même les plus jeunes sans utiliser de mots trop difficiles. La lecture est plaisante et aborde les thèmes de l’amitié entre enfants, enfants et adultes. Autre thème celui de l’enfant qui ne se sent pas à sa place dans un monde trop régi par les lois, par la norme. On ne donne pas assez de place à ses enfants rêveurs, qui ont beaucoup d’imagination et qui s’instruisent d’un autre côté, grâce à leurs passions. Ces enfants peuvent être déstabilisés lorsqu’ils rencontrent une situation qui se révèle fausse. Comme le dit si bien l’auteur par la voix, l’écriture de Lally. Le cerveau prend du temps pour apprendre un fait, des données. Lorsque ces derniers sont faux et qu’il n’y a pas d’explications données, il est encore plus difficile à ce même cerveau d’annuler l’info apprise et d’en apprendre une autre.

Pour information, lorsque j’ai lu le titre, je m’attendais à une toute autre histoire. Il m’a fait penser à ces livres de développement personnel où l’on est en prise avec un Chef et que l’on est un indien qui doit suivre les idées de ce chef et ne pas montrer trop de résistances. Je pensais que ce serait une histoire de cour d’école avec ceux sont les stars de l’école, qui font et défont les amitiés et qui acceptent ou pas d’autres élèves. Je me suis trompée de bout en bout et ce n’est pas plus mal.

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog Lirado


« Boom » c’est d’abord le bruit du choc, celui qui a tué Timothée ce jour là, sur le pont de Westminster lorsqu’une voiture l’a fauché avec d’autres piétons.
« Boom » c’est aussi le tic de langage de Timothée, dont se souvient Etienne avec amusement.
« Boom » c’est enfin le son d’un coeur qui palpite lorsqu’un coup de foudre naît. S’il n’est qu’amical entre Etienne et Timothée, il n’en est pas moins intense.

Comment supporter la mort de son meilleur ami lorsqu’elle survient sans prévenir ? Etienne a du mal. Il se remémore sans cesse ce voyage scolaire londonien où tout a basculé, mais aussi les souvenirs de son amitié avec Timothée. Ecrit comme une longue lettre à son ami, Boom nous prend aux tripes avec ses phrases coup de poing, ciselées, qui vont droit au cœur. Le chagrin d’Etienne n’est pas feint et Julien Dufresne-Lamy a su se mettre et nous mettre à la place d’Etienne, partager ses émotions.

Boom c’est aussi une touchante histoire d’amitié. Entre les lignes on devine le lien tenu qui unissait Etienne et Timothée. L’un est parti trop tôt, laissant l’autre dévasté. Le roman met en exergue l’histoire de ces deux amis et le fait de manière très sensible.

En quelques mots :

Boom. Le bruit du choc lorsque la voiture a fauché Timothée, le son du coeur qui palpite, le tic de langage de cet ami parti trop tôt. Dans ce qui ressemble à une longue lettre adressée à son meilleur ami, Etienne confie sa difficulté à faire son deuil. Les phrases ciselées, pleines de poésie, viennent mettre en exergue l’histoire de ces deux amis. Boom nous prend aux tripes et nous fait partager de manière intense les émotions d’Etienne. On se sent gagné à son tour par le chagrin de l’adolescent. Poignant !

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog Entre les pages


Étienne et Timothée ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour partir à Londres avec leur lycée. Forte insistance auprès des parents, révisions en masse, travail de l’accent anglais, ils se sont consacrés des jours entiers à mettre toutes les chances de leur côté. Une fois dans le car, ils n’imaginaient pas que lors de cette aventure dont ils rêvaient tant, un drame allait les séparer à jamais. En effet, victime d’un acte de terrorisme, Timothée n’est pas revenu vivant de la capitale anglaise. Des mois plus tard, Étienne continue d’appeler sur le portable de son meilleur ami, écoute sa voix sur le répondeur. Autour de lui, sa famille, ses professeurs, ses amis, sont tolérants, lui laissent le temps d’apprivoiser sa douleur. Du point de vue d’Étienne, l’épreuve paraît insurmontable.

Boom est publié aux éditions Actes Sud junior dans la collection "D’une seule voix". Cette dernière propose des textes courts et forts, narrés par le personnage principal de l’histoire. Ici, Étienne raconte son présent, replonge dans ses souvenirs et dans les différents événements plus proches de la tragédie. C’est trois ans d’amitié dont il parle au lecteur. Trois années intenses, pleines de surprises, de fêtes, de conquêtes amoureuses, de premières fois, de vacances. Trois années où Étienne a tout de même décelé des défauts chez Timothée. Il faut en parler puisque lorsque quelqu’un meurt, il devient tout à coup parfait. Mais ces défauts, ils les aime autant que les qualités de son « frère » qui lui manque à l’indicible. Julien Dufresne-Lamy parle donc ici de la perte d’un ami, du deuil, du vide, de la culpabilité aussi. De l’envie de rester vivant, oui, mais comment ? Il s’est inspiré d’un fait réel et offre un très beau texte.

"Dancers" de Jean-Philippe Blondel

Chronique du blog Takalirsa

Roman à paraître en août 2018


La danse dans tous ses états (d'amour).

Peu importe le style de danse que l'on aime ou que l'on pratique, on est sensible à la description très juste que l'auteur en fait, même si "les mots ne peuvent pas raconter le corps et que ce qui paraît divin quand on le voit peut sembler stupide lorsqu'on le décrit". Anaïs, Adrien et Sanjeewa dansent chacun de manière différente mais tous ont du talent à leur façon, notamment parce que ce sport est avant tout une manière de s'exprimer, selon sa propre sensibilité.

Le passage d'Anaïs dans le sport de haut niveau "a ruiné le peu de confiance qu'elle avait en elle-même", alors quand elle danse, "je suis constamment dans le contrôle": "A moi la précision, la technique et la rigueur". Elle a d'ailleurs du mal à intégrer un partenaire : "Le ciment de la danse à deux, c'est la confiance mutuelle et moi, je n'avais confiance en personne". A part peut-être Adrien pour qui elle a le coup de foudre.


Pour Adrien, "la danse c'est avant tout de l'instinct". Ses chorégraphies manifestent "la fougue et l'originalité". La colère, aussi. Liée à ses parents dont ils ne parlent jamais. Et puis "être un garçon qui danse", c'est dur à (faire) accepter. Comme Anaïs, Adrien "a du mal à exprimer ce qu'il ressent, et quand il y est contraint, les mots qu'il emploie ressemblent plutôt à une agression ou à de la brusquerie qu'à de la tendresse". Tout le contraire de Sanjeewa qui, débarqué d'Inde à l'âge de sept ans, a appris le français dans les manuels d'enseignement de son père professeur. Son vocabulaire soutenu impressionne. Alors quand Adrien et Anaïs se heurtent, c'est lui qui est amené à apaiser les blessures. Par la parole mais aussi par la danse évidemment, cette passion qui les unit.

Cependant Anaïs, sensible au charme du jeune homme, se sent "coincée entre celui que je veux et celui dont j'ai besoin"... Les frontières entre les sentiments sont d'ailleurs flottantes, leur nature également... Les trois adolescents comprendront que leur attirance mutuelle est en réalité motivée par d'autres points communs, notamment entre les garçons, tous deux "soutiens de famille". Ainsi la rivalité n'empêche pas l'amitié. L'amour non plus. Chacun aura au final trouvé de "vrais amis" qui auront "changé notre vie" : peu importe les décisions prises, "nous nous épaulons. Nous nous entraînons. Nous évoluons." au rythme des mouvements comme de la vie et de ses rencontres.


"Pour toujours" de Christian Demilly

Chronique du blog D'une berge à l'autre


Il y a cette femme sur la couverture. Il y a ce chien qui a accompagné son enfance. Il y a cet homme rencontré à la fac qui est devenu l’amour, l’amant, le mari, le père. Il y a cet enfant porté neuf mois, qu’elle a vu grandir trop vite. Il y a une vie qui défile avec ses joies et ses peines, ses moments clés et ses petits riens qui forment un grand tout.

Une pépite jeunesse qui sort des sentiers battus, une pépite qui s’adresse en fait à tous les lecteurs, sans distinction d’âge. La plupart des pages sont sans texte, tout est dit en images, à l’aide d’un découpage d’une grande fluidité, proche de la BD. On suit au fil des années la trajectoire de cette femme, de l’enfance au dernier jour. C’est simple, c’est beau, c’est universel.

Un album tout en émotion contenue, où les événements se passent de mots tant la force d’évocation du dessin s’impose avec une rare subtilité. Ça ressemble à une vie, ça ressemble à la vie comme elle est souvent : douce, triste, douloureuse, bouleversante ou injuste. Une vie dans laquelle passe des êtres que l’on voudrait garder avec nous pour toujours. Mais au final le temps passe, impitoyable, et il laisse derrière lui les souvenirs de ceux qui ne sont plus.


                                          



Superbe livre, touchant sans jamais être plombant, dont le rythme tranquille dégage une certaine forme de sérénité face à l’immuable destinée. Tout simplement remarquable.