lundi 22 janvier 2018

"Stéréotypes" de Gilles Abier

Chronique du blog Livres à profusion


Nouveauté de ce mois de février 2018 pour un roman destiné, avant tout, aux adolescents. J’ai vraiment passé un bon moment, je ne me suis pas ennuyée à suivre les aventures des personnages qui vivent dans une société qui est censée n’apporter que le bien. Le thème n’est pas réellement nouveau. J’ai déjà lu précédemment un roman de ce type mais l’histoire, ici, est complètement différente.

Même si je n’ai pas eu de coup de coeur réel pour les personnages, j’ai bien aimé Val qui ouvre ce roman en accouchant d’une petite fille. Cela faisait sept mois qu’elle avait disparu. Lors de son aventure, elle rencontrera différentes personnes. Val a énormément de caractère même si elle est très jeune. Elle est prompte à la colère. Elle tuera également. Mais elle arrivera aussi à se contenir pour que la société, dans laquelle elle vit, évolue dans le bon sens du terme. Roscoff est lié à Val car ils sont avant tout amis. Même s’il lui a caché des choses, il est comme un petit frère pour elle. La vérité sera difficile à entendre, certes, mais le souvenir de ce jeune adolescent permettra à Val mener son combat.

Les personnages sont nombreux, souvent très jeunes. Ils subissent ce qui leur a été imposé, ce marquage de types. Ils sont donc censés évoluer avec ceux du même type. Leur vie est toute tracée. Pareil pour ceux qui n’appartiennent à aucun de ces types. Ceux-là sont pratiquement exclus définitivement.

Sans être un véritable coup de coeur, l’histoire est rondement menée. Le style de l ‘auteur nous permet de tourner les pages facilement avec la volonté de tout connaître réellement de cette histoire. Pas réellement de coup de coeur, non plus, pour les personnages, même si beaucoup sont attachants par ce qu’ils vivent, par leur désir de retrouver une certaine liberté.

Dans cette aventure, l’auteur fait passer des messages. Il n’est pas facile d’avoir la société que l’on souhaite. Il faut faire avec toutes les forces en présence, trouver des compromis. Même si l’objectif est, à priori, le même, retrouver une certaine liberté, il faut s’unir et tenter une révolte pacifiste. Il faut savoir mettre de côté certains projets qui semblaient réalistes et surtout se méfier, toujours, de celui qui est au pouvoir. Car ce dernier essaiera de trouver toujours le moyen d’anéantir ce qui sont contre lui en tapant là où cela fait le plus mal. La résistance s’est organisée depuis des années. Elle doit toujours attendre le bon moment avant de se mettre en place et faire valoir son point de vue. Même si la violence peut être possible à certains moments, on peut se rendre compte, toutefois, qu’elle ne mène pas à grand chose puisque la mort qu’elle engendre cause bien des dommages.

Je remercie les Editions Actes Sud Junior de m’avoir permis de découvrir cette pépite littéraire. Après avoir consacré une longue partie à Val et ses aventures, l’auteur nous plonge dans le destin d’un couple très uni. Tout le monde se retrouvera, ensuite, jusqu’au grand final et cette fameuse fête de cette société. Le roman, ainsi construit, permet de voir le déroulement, les forces en présence, les combats menés depuis des années et les moyens plus ou moins importants.

"Coupée en deux" de Charlotte Erlih

Chronique de Sylvie Sagnes - site On l'a lu


Camille a pris sa décision : elle part avec sa mère en Australie. Tant pis pour sa toute nouvelle petite soeur, que son père a eu avec sa nouvelle compagne, elle la verra aux vacances et puis voilà. Mais dans le bureau du juge, quand c’est à elle de parler, ce n’est plus si clair… 

Un roman à lire dès 13 ans qui agrippe son lecteur dès les premières pages sans lui laisser jamais la possibilité de le refermer. Parce qu’il sonne juste dans ses moindres détails, parce qu’il évite tout pathos sans édulcorer la réalité d’une situation devenue banale mais jamais tolérable. Parce que être parents ne s’arrête pas quand on divorce, parce que la vie est toujours plus forte que la grisaille. Très, très réussi.

"Coupée en deux" de Charlotte Erlih

Chronique du blog Livres à profusion


Un beau roman qui se lit très facilement, très rapidement. Le sujet concerne la prise de décision d’une jeune adolescente, scolarisée au collège qui peut voir un de ses rêves réalisé. Mais pas facile de choisir entre son père ou sa mère, couple de divorcés qui sont à couteaux tirés. L’un exerce de la pression, du chantage sur cette jeune fille. L’autre prendra une décision admirable pour le bien-être de sa fille.

L’auteur annonce de suite la couleur. Camille va au tribunal, accompagnée de sa mère. Son père va les rejoindre. Ils ont tous rendez-vous devant le juge. Petit à petit, l’auteur nous donne les informations quant à cette entrevue et pourquoi. Au départ, on pense au divorce, à la garde de Camille. Mais un élément va mettre le doute. L’auteur et donc Camille relatent la vie de cette jeune adolescente qui vit avec ses parents divorcés. Une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Le père a refait sa vie et a maintenant une autre petite fille. Camille semble avoir moins de complicité avec son père qu’avec sa mère. Cette dernière, sans que cela soit une relation fusionnelle, a vraiment un instinct maternel très développé. Camille est écartelée entre ces deux mondes, elle n’y trouve pas sa place. Pas facile de vivre chez l’un et ensuite chez l’autre, de dire au revoir à l’un et bonjour à l’autre. C’est une situation complexe qu’elle appréhende à chaque fois. En plus, malgré les nombreux contacts qu’elle a avec eux lorsqu’elle ne les voit pas, elle se sent comme une pièce rapportée dans la nouvelle vie de son père. Pourtant, tout semble se passer au mieux, malgré ce sentiment de rejet que le lecteur comprend tout à fait. Comme l’auteur l’écrit, ce sont deux mondes parallèles qui ne se rejoignent pas.

Camille prend enfin sa décision, comme la joueuse d’échecs qu’elle. Elle prouve sa grande maturité, une décision d’adulte. Car elle sait que la situation qu’elle vit ne durera que quelques années encore. Ensuite, elle sera libre et seule. Cette expérience permet, également, à Camille de grandir. Elle essaie de ne pas trop montrer de ses sentiments. Même si elle a droit à un avocat, ce sera elle qui parlera. Elle ne laisse le soin à personne de s’exprimer.

Avec des mots très simples, des descriptions réalistes des lieux, des personnes, l’auteur nous délivre un beau message d’espoir. Malgré un divorce, malgré des personnes qui ne s’entendent pas, l’un peut faire un pas gigantesque pour la réconciliation et pour le bonheur de son enfant. Chaque partie du livre est titrée avec des références aux échecs. Les mots de l’auteur sont forts en sensibilité, de sagesse.

mardi 9 janvier 2018

"Naissance des cœurs de pierre" d'Antoine Dole

Chronique du blog Entre les pages


Jeb a 12 ans, l’âge d’entrer dans le Programme. Cela veut dire qu’il est sur le point de recevoir une injection qui fera disparaître toute émotion de son être et qu’il devra ensuite poursuivre ce « traitement » avec des pilules chaque jour de sa vie. C’est comme cela que les hommes vivent désormais. Comme ça qu’ils ne déclenchent plus de guerres. Mais le garçon n’est pas de ceux qui se laissent briser et refuse de se plier à cette loi. Quitte à disparaître comme tant d’autres avant lui, désignés inaptes à servir la Communauté du Nouveau Monde. Dans l’Ancien Monde, alors que la fin est proche, Aude peine à s’intégrer dans son lycée où elle ne connaît personne. Elle trouve du réconfort auprès de Mathieu, un surveillant. Un premier amour fort et destructeur. 

Naissance des cœurs de pierre est clairement présenté comme un dystopie. Autant dire à ceux qui seraient réticents face à ce genre de lecture que l’ouvrage d’Antoine Dole regorge de surprises. C’est cependant tout ce qu’il faut dévoiler de son contenu. Vraiment ! Dans sa forme, sinon, le roman alterne les points de vue de Jeb et Aude. Ce qui rythme l’intrigue et génère bien du mystère. Cet enfant et cette adolescente sont des personnages attachants et puissants qui mettent en avant des questions essentielles. L’écriture, elle, est impeccable et belle. Aux éditions Actes Sud Junior, voilà un vrai cadeau aux lecteurs, un bijou.

"Demain entre tes mains" de Cyril Dion et Pierre Rabhi

Chronique du blog Méli-mélo de livres


Quoi de mieux que ce début d'année pour mettre en avant ce livre magnifique, entre documentaire, album et conte ?

Il mêle astucieusement les contes philosophiques de Pierre Rabhi (qu'on ne présente plus !) et les réflexions engagées de Cyril Dion, réalisateur du film Demain (entre autre).

Ce livre, c'est d'abord le fruit de la rencontre de deux hommes, de deux générations, qui se rejoignent pour interpeller la jeune génération sur l'attitude de l'homme envers la nature, et sur le constat que la richesse accumulée l'emporte sur le partage et la solidarité.

On pourrait craindre un discours moralisateur et culpabilisant mais il n'en est rien. Le propos se veut plein d'espoir et rappelle combien l'avenir, le nôtre et celui de la planète, intimement liés, sont entre nos mains.


Chacun peut jouer un rôle en interrogeant ses propres besoins et désirs au profit du collectif pour un monde meilleur. Et j'ose espérer qu'on ne restera pas dans l'utopie.

La mise en page est une vraie réussite dans l'alternance des points de vue, portée par les magnifiques et très évocatrices illustrations de 32 illustrateurs de l'agence Costume 3 pièces.





A partir de 9-10 ans, ce livre constitue un très bon support pour débattre et éveiller les consciences de tout un chacun.

mardi 2 janvier 2018

"Yôkai !" de Fleur Daugey et Sandrine Thommen

Chronique du blog Super Chouette


Facétieux, moqueurs, rancuniers, vengeurs, terrifiants mais parfois aussi bienveillants, les yôkai sont omniprésents dans la culture japonaise. Ils sont le coeur battant des contes et légendes du Japon et peuvent prendre de multiples formes, monstres, animaux ou objets soudain doués de vie. Certains sont plusieurs fois centenaires, d'autres sont apparus avec le monde moderne, mais il restent bien présents dans l'imaginaire collectif. Ainsi certains pokémons sont inspirés par des yôkai, comme le flamboyant feunard, qui est un avatar de kitsune, le renard magique.

Ce superbe album nous invite donc à faire connaissance avec ce bestiaire fabuleux et encore mal-connu côté Europe. On est très vite fasciné par la diversité de ces créatures et par les illustrations magnifiques de Sandrine Thommen (qui viennent rappeler des classiques des estampes japonaises d'Hokusai ou Kuniyoshi). Ici tout le monde est tombé sous le charme de cet ouvrage que l'on utilise à la fois comme livre de contes et livre d'images et qu'on ne se lasse pas de parcourir.