lundi 17 février 2020

"Météore" d'Antoine Dole

Chronique du blog La bibliothèque de Noukette


Antoine Dole a écrit un hymne aux femmes. À toutes les femmes. À celles qui crient au dedans, à celles qui se taisent. À celles dont les entrailles brûlent des coups qui marquent au plus profond. À celles qui appellent les caresses et ne reçoivent que mépris. À celles qui pourraient être, qui auraient dû être et qui saignent d’être ce qu’elles ne sont pas. À ces chenilles pas encore papillons qui mesurent tout le chemin à parcourir pour s’envoler enfin. À celles qui se recroquevillent et enterrent ce qu’elles auraient pu être dans un monde moins… ou plus… À celles qui s’ouvrent malgré tout, ouvrent la voie, s’ancrent et tracent le sillon. Et à celles qui le suivent en espérant que les sacrifices ne seront pas vains…

Fragile et tellement forte. La voix de Sara nous fait retenir notre souffle. Elle résonne longtemps. Elle fait écho. Elle contient tout… Elle contient toutes les femmes… Antoine Dole ne le sait peut-être pas mais il a écrit son plus beau texte à ce jour. Et il m’a touchée comme jamais ♥


"Météore" d'Antoine Dole

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Quel uppercut que ce roman d'Antoine Dole !

J'ai du m'y prendre à deux fois pour le lire tant je manquais d'air dans cette lame de fond de mots qui met le lecteur dans la peau de cette jeune fille, dont justement l'enveloppe corporelle ne correspond pas à ce qu'elle est au fond d'elle depuis toute petite. 

Il ne nous épargne rien : la construction, parfaite, pose les enjeux de façon subtile. Il y a d'abord cette robe légère qui est osée être portée un jour d'été dans la rue. Cela parait anodin une robe. Pas toujours. 

Puis , c'est une plongée dans les affres douloureuses, une souffrance sans nom, de l'identité sexuelle et surtout le regard des autres. Car c'est toujours une question de regard. Le passage sur les insultes et leurs conséquences est particulièrement éprouvant. 

Mais il va plus loin encore et remonte ce long processus de descente au plus profond de soi quand on sait qui on est et qu'on ne peut être entendu. Il n'y a rien de pire que d'être enfermé dans son propre corps. C'est à 16 ans que Sara, enfin reconnue, peut effectuer sa transition et devenir cette météore que plus rien n'arrêtera. 

Est-ce qu'il ne faudrait que chacun puisse se créer ? Etre sa propre invention, son regard sur le monde, son cadeau à cet univers. 

Un roman d'une force inouïe, d'une sensibilité rare, qui sait regarder pour changer notre regard. Et qui va plus loin que le transgenre : c'est un roman féministe, qui dénonce ce que les femmes peuvent endurer au quotidien. Sur ce que signifie être femme.


"PLS" de Joanne Richoux

Chronique du blog Hashtag Céline


Je n'ai rien vu venir. J'ai commencé PLS avec une certaine fougue et je me suis pris un bon aller-retour (oui, double claque) encore une fois.

Après ma lecture de Désaccordée (mais pas que), j'avais un peu oublié à quel point Joanne Richoux était douée pour nous faire le portrait d'une adolescence tourmentée et nous entraîner dans des histoires réalistes surprenantes.

Avec Sacha, vous allez vivre, heure par heure, le déroulement d'une "fête". Enfin cette fête en est plus une pour les autres que pour lui qui n'a pas le cœur ni la tête à s'amuser. Il reste en retrait, comme spectateur de la vie des autres.

Le temps défile et il va s'en passer des choses pendant cette soirée où l'alcool se consomme avec excès, le sexe s'invite dans certains recoins plus ou moins sombres et où la musique recouvre le tout de battements et rythmes étourdissants. Mais, au coeur de cette ambiance sensuelle et no limit, transpire un sentiment de trouble plus profond.

C'est Sacha. Il ne va pas bien. L'alcool, les médicaments et Elle, cette fille qui l'attire et le déstabilise, n'en sont pas responsables. C'est autre chose qui le tourmente. Personne ne semble pouvoir lui faire entendre raison ou l'apaiser, pas même sa sœur... Pourtant, elle est là, partout essayant de le sortir de sa torpeur.

Mais rien n'y fait, Sacha se laisse porter par les effets du Xanax, s'abîme, au risque de sombrer.

Ce texte est court. Il est intense, dur et cru.

Mais malgré tout ce que je viens de dire, c'est beau et émouvant. Parce dans toute cette obscurité, il y a quand même un peu d'amour. Pas simple, au milieu de tout ça. Il faut bien dire que les deux principaux concernés ne se facilitent pas la tâche. Ils s'affrontent et se cherchent. Vont-ils se trouver? Sacha va t-il accepter de lâcher prise. Va t-elle accepter de mettre un pied dans l'ombre?

L'amour est parfois dangereux. Et Elle n'a pas envie de rejoindre Sacha dans le noir. Mais, Sacha même au fond de l'abîme, l'attire irrésistiblement.

Et c'est beau aussi parce qu'il y a les mots de Joanne Richoux. Comme à chaque fois, elle a les bons, ceux qui sonnent justes, qui vous prennent aux tripes, ceux qui vous entraînent littéralement, ceux qui vous perdent et qui, vous assènent la vérité.

Vous êtes là, au coeur de cette fête, de ses excès et de ses débordements, et puis, soudain, tout prend sens.


Je ne vais pas m'appesantir sur sa façon d'écrire que j'ai déjà tenté de décrire à de nombreuses reprises (Marquise, Les Collisions, Toffee Darling (tous trois parus chez Sarbacane) ou encore Désaccordée) mais vraiment, PLS est un texte très dur et très beau qui prouve (s'il y avait besoin...) et nous montre que l'autrice excelle dans ce genre de textes qui parle des sens en éveil, des ados qui sombrent, du mal-être, de l'envie de s'en sortir et de l'amour...

Je ne dévoile rien de plus de ce texte qui mérite de garder sa part de secrets.

"PLS" de Joanne Richoux

Chronique du blog Les lectures de Marinette


Ayant beaucoup aimé l'univers de l'autrice, dans les romans qu'elle a sortis chez Sarbacane (Marquise, Les Collisions & Toffee Darling), ainsi que Désaccordée chez Gulf Stream, je ne pouvais qu'attendre avec impatience un nouveau roman ! Et voilà le petit, mais fracassant PLS.

"Je suis incapable de respirer à fond. Genre, si l'inspire dure plus de trois secondes, mon thorax se verrouille. Je pourrais gonfler les poumons davantage, c'est clair, mais ça veut pas. 

Je baisse la tête. 

L'encre de mon tatouage gigote. 

Probable que j'hyperventile. Ma vision se trouble. Et puis le coeur. Ses chocs répétés entre mes côtes, jusque dans mes oreilles, qui me sortent par la bouche."

Nous suivons Sacha, le temps d'une soirée. L'occasion de découvrir le lien fort qu'il a avec sa sœur jumelle, son penchant pour Elle, la fête, les Xanax et la musique. Nous sommes entraînés par ses émotions, passons d'un endroit à l'autre, d'une personne à une autre.

Un court roman, entraînant et saisissant. Les émotions, sans cesse, à fleur de peau. Celles de Sacha, autant que les nôtres. Si j'ai eu rapidement des soupçons, sur le fond de l'histoire, ça ne m'a pas empêché d'avoir le cœur serré lorsque les choses ont été annoncées noir sur blanc. Ce que j'aime avec Joanne Richoux, c'est le mélange de sensibilité et de force qu'elle place dans ses livres. Son écriture, moderne et franche, se mêle à un je-ne-sais-quoi qui nous parle en tant qu'être humain vivant des émotions qui emportent parfois très loin. Impossible d'oublier Sacha, en fermant le livre.

mardi 14 janvier 2020

"Maintenant je vais raconter" de Mamadou Aliou Diallo

Chronique du blog Takalirsa


Le récit authentique d'un adolescent africain dans un pays en guerre.

Avec des mots simples accessibles à tous, Mamadou Aliou raconte son parcours entre peur et espoir. Comment il a vécu caché pendant les bombardements en Libye, comment il s'est retrouvé entassé dans un Zodiac (entre 110 et 125 personnes par bateau !) pour traverser la Méditerranée jusqu'aux "eaux internationales" ("Il y avait tellement de monde qu'on n'avait pas la place de s'asseoir"). Comment il se retrouve sain et sauf, mais les mains vides, en Italie ("Vous avez eu beaucoup de chance") où il n'a "personne à appeler" puis en France ("Comme mon pays, la Guinée, était une colonie française, je me débrouille un peu en français ; si je vais en France, je pourrai discuter avec les gens").

Là il subit des flots d'interrogatoires, est bringuebalé de foyer pour jeunes en famille d'accueil, doit passer "le test des os" pour prouver qu'il est bien mineur. Les démarches administratives sont interminables et compliquées, d'autant plus qu'il ne sait ni lire ni écrire. Heureusement Mamadou est dégourdi, souriant, et s'il croise beaucoup d'exploiteurs de misère humaine ("Je connais très bien mon père, ce n'est pas quelqu'un de sympa"), il rencontre aussi des gens bienveillants ("Ici il n'y a pas de racisme, pas de critique de religion, pas d'histoires, tout le monde est de la même famille"), bénévoles le plus souvent. Lui, tout ce qu'il veut, c'est "aller à l'école, apprendre un métier et faire du foot". C'est un garçon touchant, courageux, dont le témoignage est précieux car on n'imagine pas ce qu'endure tous ces gens qu'on qualifie froidement de "migrants". Aujourd'hui Mamadou est intégré en France cependant "ces choses difficiles que j'ai vécues, je ne les oublierai jamais".


vendredi 3 janvier 2020

"Météore" d'Antoine Dole

Chronique du blog Livres à profusion


Il fait beau, le soleil est revenu. Mais ce soleil revenu, qu’elle voit dans les sourires des gens qu’elle croise, est-il revenu dans son coeur ? Elle a osé porter une robe pour aller faire quelques courses.

Mais ce soleil s’assombrit car elle est agressée, insultée par trois garçons. Pourquoi encore cette agression ?

Toujours agressée verbalement et physiquement. On pourrait penser, en lisant les premières pages, à du harcèlement scolaire. Mais c’est pire que ça. L’auteur nous en dévoile les raisons vers le milieu de ce roman écrit à la première personne. Car le lecteur se pose la question. Pourquoi autant de violences ?

Quand un enfant se sait différent dès son plus jeune âge. Qu’il ne comprend pas pourquoi on essaie de le cantonner dans une case. Quand il ne comprend pas pourquoi toutes les autorités, notamment scolaires, évoquent une déviance et que ses parents doivent le remettre dans le droit chemin.

Outre tout cela, bien écrit, bien détaillé, Antoine Dole nous démontre par la force des mots ce corps que l’on hait, que l’on cache, qui ne correspond pas à ce que l’on est réellement, à ce que l’on ressent dans son coeur. Une grande souffrance pendant de très grandes années. Une grande souffrance parce que l’on ne s’aime pas et c’est cela le plus dur. Passent encore ce que peuvent nous faire subir les autres, quand on n’a pas confiance en soi, quand on n’a pas l’estime de soi, c’est ça le plus dur. Les coups des autres sont moins violents que les coups que l’on peut s’infliger à soi-même. Quand on se sent autre, quand on se croit autre, quand on se sait autre et que le corps est complètement différent, il est impossible de s’accepter. Il suffit d’une rencontre, d’une belle rencontre avec un professionnel qui comprend, qui explique que le chemin pourra être long, surtout lorsque l’on n’est pas majeur. Et ensuite, avec soi, avec sa propre volonté,avec le fait de s’accepter et surtout en étant accompagné de la famille, de la mère, le passage ne se fera pas en douceur mais ce passage permettra de vivre la vie que l’on souhaite.

Les préjugés ont la vie dure surtout lorsque l’on est adulte et qu’on les subit. Mais les préjugés sont encore pires, lorsque l’on est enfant et que l’on grandit. Comment voir le soleil alors que tout est néant autour de soi, en soi ?

Un véritable plaidoyer pour toutes les femmes, quelles qu’elles soient. Ces femmes qui font avancer le monde, ces femmes qui endurent les plus vils sévices, les femmes qui luttent pour toutes les conditions, les femmes qui ont en définitive le pouvoir, car elles donnent la vie, elles apportent l’amour. Un véritable plaidoyer pour tous ceux qui n’ont pas le corps qu’ils souhaitent, qui se sentent mal dans ce corps. Malgré cette violence, le déni face à ce corps, les violences infligées à ce corps, il n’y a jamais eu la pensée de passer à l’acte irréversible. Une très grande force de caractère, tout de même. Mais si cela avait duré au-delà de ses 16 ans, sans trouver l’aide adéquate, n’aurait-elle pas voulu en finir ?

Un livre qui démontre tout de même que l‘espoir est toujours là, qu’il faut continuerpour pouvoir croire en soi, s’accepter, s’aimer pour ce que l’on est réellement. Car comme l’écrit l’auteur par la voix de son personnage, le corps n’est qu’une enveloppe et ne démontre pas qui l’on est réellement, quelle personne on est.