mardi 2 juillet 2019

"Rattrapage" de Vincent Mondiot


Chronique du blog Les lectures de Lily


Voici un petit livre qui se lit très rapidement (comme une nouvelle, en une heure maximum) mais qui a un fort impact grâce à son contenu fort et puissant.

Rattrapage, c'est l'histoire d'une jeune fille belle et populaire que tout le monde aime et adule, qui se retrouve, le jour où elle passe le rattrapage de son bac, face à un garçon qu'elle aurait préféré ne plus recroiser.
Il était dans sa classe, parfois assis non loin d'elle, elle en profitait alors pour prendre des photos compromettantes, qu'elle postait sur les réseaux sociaux cherchant à attirer les moqueries et cela fonctionnait plutôt bien en général...
Lui, ne lui a jamais rien dit, jamais rien fait, il ne s'est jamais défendu, jamais plaint jusqu'au jour où il y a eu la photo, la "blague", la moquerie de trop et ce geste qui aurait pu lui coûter la vie.

Rattrapage est un livre fort qui va à l'essentiel. J'ai aimé lire cette histoire que je n'ai pu lâcher, je l'ai lu en un souffle. Une fois refermé, il m'a fait réfléchir, car pour une fois on a le point de vue de celui qui a fait du mal, du harceleur et non de la victime. Forcément, on capte tout de suite que cette jeune fille n'a pas compris qu'elle allait beaucoup trop loin, c'est triste et pathétique et en même temps je suis convaincue que ça arrive très régulièrement. C'est un petit peu l'effet boule de neige, ça reflète tellement bien la réalité.

Le malaise qu'elle ressent lorsqu’elle se retrouve face à lui, le jour de ce rattrapage, est palpable. On comprend alors qu'elle n'est pas une mauvaise personne, elle est pleine de regrets et d'excuses qu'elle souhaiterait émettre, mais qui restent enfouis au fond d'elle.

Très honnêtement, ce roman est à mettre entre toutes les mains ! Il est très bien écrit, les émotions et sentiments des protagonistes sont parfaitement exprimés et l'ensemble donne un bon petit bouquin qui reste dans un coin de notre tête pour ne jamais en ressortir.


"Les aventures étonnantes du merveilleux minuscule Benjamin Berlin" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog Les Miss Chocolatines bouquinent


Benjamin Berlin a un secret. Il est télépathe. Mais chut, personne ne le sait. Son super pouvoir méga cool se déclenche lorsqu’il touche quelqu’un, et là, comme par magie il sait tout. C’est super sympa pour faire rager sa grande sœur qu’il adore autant qu’il la déteste. Benjamin Berlin est un super garçon qui à l’âge de sept ans et à 4h04 précise, voit sa vie basculer. C’est à ne rien y comprendre. Mais peu importe, il s’en accommode même si parfois son secret est lourd à porter et qu’il n’a personne à qui se confier. Benjamin Berlin continue de grandir dans la joie et dans la bonne humeur auprès de sa famille aimante. Sa famille est nomade. Son père diplomate l’embarque au grès de ses missions : Espagne, Canada et maintenant le Japon. Le Japon, il a hâte de s’y retrouver ! Il est loin de soupçonner alors que sa vie « presque » banale va prendre un tournant …. magique ! Le Japon et ses règles, le Japon et sa culture, un univers que Benjamin va découvrir yeux grands ouverts et croquer à plein dents. Benjamin ne rêve que d'une chose, se plonger dans cette masse grouillante, se fondre dans ce monde. L’apprentissage du japonais, l’immersion dans une classe et voilà que son monde s’ouvre et découvre mille et une facettes. Les mois défilent et les amitiés se tissent, mais Benjamin se sent épier. Il pense rêver quand cet homme à faire peur, l’accoste et lui révèle tout !

Je découvre Julien Dufresne-Lamy dans le registre fantastique. Une exploration sensationnelle auprès d’un personnage qui a su me conquérir. Benjamin est ce petit frère que j’aurais aimé avoir, agaçant, incroyable, fougueux, inventif, créatif et fabuleux. J’ai vite été entraînée dans cette folle aventure qui telle une quête initiatique va permettre à Benjamin de grandir, de s’accepter et à apprendre à écouter le monde. Il rencontre quelques épreuves qui font lui faire beaucoup douter. L’amitié et la famille sont au centre de ce roman jeunesse entraîné par une plume qui a su à nouveau me séduire. Même si cette lecture s’adresse essentiellement à un lectorat beaucoup plus jeune que mes 34 balais, c’est agréable de pouvoir s’y plonger et de se rendre compte que quelque soit les épreuves, la solution se trouve en nous. C’est un beau message. Outre cet aspect, Julien Dufresne-Lamy m’a fait découvrir le Japon. Au travers de nombreuses descriptions et utilisations d’expressions japonaises, cette immersion est un pur régal. Très imagé, il est facile de se représenter l’environnement.

C’est une lecture à découvrir avec votre enfant (ado ou pas). Mon fils de neuf ans n’est pas encore à l’aise avec les longueurs, le livre attendra donc sagement dans la bibliothèque. C’est une belle balade au grès de ces étonnantes aventures d’un minuscule héros qui vous touchera en plein cœur.

Croyez-vous en la magie ? Moi, oui, dommage que je ne suis pas une sorcière, on aurait fait les quatre cent coups avec Benjamin Berlin.


"Stéréotypes" de Gilles Abier

Chronique du blog Takalirsa


Une dystopie qui porte au paroxysme la catégorisation des individus.

Etes-vous plutôt Perfectionniste (1), Altruiste (2), Activiste (3), Loyaliste (6)? Si vous êtes EntreDeux des huit Types, attention : on vous retire de votre famille et on vous enferme dans la Retraite le temps que le Test se positionne. Vous refusez de faire le Test? Vous êtes alors Pelé (tondu) et exclu de la Synthèse. Votre enfant n'a pas le même Type que vous? Si vous n'avez pas évacué l'embryon, on vous retirera votre progéniture. Voilà dans quelle société évoluent Val, Topher, Roscoff, Galien, Djino et les autres : un monde réducteur dans lequel les gens sont fichés dans des cases, où "on évalue une personne principalement sur la connaissance qu'on a de son Type, plutôt que sur ses actions propres", un monde dirigé par un homme au "machiavélisme effrayant", Eran, qui envisage même de prédéterminer les individus en assignant un Type choisi à chaque nouveau-né "en accord avec les besoins de la société"...

Dès lors on comprend que certains se rebellent, revendiquant "un minimum de libre-arbitre" et la fin du contrôle de la liberté individuelle. Si les informations et les personnages sont nombreux, avec beaucoup de liens imbriqués et de ramifications dans l'intrigue, le récit est très rythmé et riche en action. Et l'on finit par se laisser embarquer par ce roman plein de réflexion au style efficace.


"Cut the line" de Pascal Ruter

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Je crois bien avoir tout lu de Pascal Ruter, alors un nouveau roman paru a forcément fait partie de mes envies de lecture.

Et j'avoue avoir été bluffée par son changement de registre dans ce roman !

Cinq jeunes musiciens français de 15 à 19 ans, sont de retour du San Puerto, pays situé sur les contreforts de la Cordillère des Andes et à l'instabilité politique permanente, où ils ont effectué une tournée suite à un concours pour lequel ils ont été sélectionnés. Leur avion vétuste se crashe dans la montagne alors qu'ils auraient du faire escale à Buenos Aires. Ils sont les seuls survivants. Commence alors pour eux une survie dont ils ne vont pas sortir indemnes.

Ce récit haletant est très bien construit : d'abord des personnages très bien brossés, et à première vue, on pourrait se dire que le thème est classique. Mais l'auteur a su y insuffler une dimension épique. Le retournement de la fin m'a littéralement cueillie et enthousiasmée. Il a su également faire évoluer ses personnages de façon très profonde : eux qui se sont si peu donné la peine de faire connaissance à travers cette semaine musicale vont révéler d'eux-mêmes les faces cachées de leur personnalité, leurs drames intimes, leurs passions véritables.

L'écriture aussi est d'une beauté dans les descriptions qu'on s'y croirait vraiment.

Un roman marquant sur l'être humain se révélant dans des conditions extrêmes.


jeudi 9 mai 2019

"Rattrapage" de Vincent Mondiot

Chronique du blog Livres à profusion


Rattrapage du bac ? Rattrapage d’une action passée lorsque l’on se trouve face à la personne qui a subi des dommages ? L’un ou l’autre ? Ou bien les deux ?

Est-ce que le harcèlement scolaire me parle ? Bien évidemment. Je pense à tous ces jeunes qui sont passés à l’acte, se sont suicidés parce qu’ils ont été harcelés par leurs camarades. Je pense à tous ces jeunes qui sont passés à l’acte, se sont suicidés car trop de pression de la part des équipes pédagogiques. Je pense à tous ces jeunes qui sont passés à l’acte, se sont suicidés parce qu’ils ont été victimes de harcèlement par le corps professoral. Personnellement, je n’ai jamais vécu ces situations. Je n’ai jamais été populaire, j’avais peu d’amis étant trop timide. Ma fille a vécu du harcèlement de la part d’un professeur. Mais ce n’est pas le sujet ici. Je me rappelle également College Boy, d’Indochine, qui relate le harcèlement scolaire. Paroles et clips ont provoqué un tollé mais ils racontaient la vérité. Un gros aparté sur ce roman qui s’adresse aussi bien aux adolescents qu’aux adultes.


Vincent Mondiot met les mots là où cela fait mal. On ne connait pas le prénom de cette jeune fille qui passe l’oral de rattrapage et qui retrouve un garçon qui était dans sa classe et qui a dû abandonner le lycée. Pour elle, ce seront des souvenirs de leur enfance, même s’ils n’avaient rien en commun, des souvenirs de ce qui a été fait durant ces premiers mois de l’année du bac et surtout pourquoi elle doit passer cet oral car ses résultats ont été en chute libre depuis l’événement. Elle a été la reine, elle a été populaire, elle s’est moquée des autres avec toute sa bande sur les réseaux sociaux. Entre introspection, le paraître, ironie, le harcèlement scolaire sur les réseaux sociaux, elle s’insulte, se cherche des excuses, se sait et se rend coupable. Avec des titres de tableaux qui expliquent cette jeune fille et ses pensées.

Je n’ai pas éprouvé de l’empathie pour cette jeune fille, ni pour ce garçon, en définitive. Pourtant, lorsqu’ils se retrouvent et qu’ils arrivent à discuter, il a une attitude plus qu’honorable qui pourra peut-être faire réfléchir cette jeune fille. Je suis la première à prendre la défense de tous ces jeunes, sauf en ce qui concerne le harcèlement. A cet âge, on doit savoir ce qui est bien, ce qui est mal, même si à plusieurs, on est entraîné sur le chemin des bêtises. 
Ce livre nous montre également que les administrations pédagogiques ne font pas leur travail. Oui, elles ont pris des sanctions. Mais par rapport à ce qui s’est passé, je trouve qu’elles ne sont pas énormes. Les sanctionnés ont-ils appris de leurs erreurs ? Est-ce dû également à une différence de classe sociale ?

Avec Rattrapage, je retrouve un Vincent Mondiot comme j’aime. J’aime son style d’écriture, fin. Il analyse différents comportements et je pense que son but est de faire réfléchir et non de juger. En tous les cas, cela a pris, encore une fois, avec moi. Pas de jugements peut-être parce que je suis plus âgée. Quoi que cela ne veut rien dire. A tout âge, on juge sans connaître. On a tous des préjugés et dans ce cas-là, ce n’est pas mon cas.


La sublime communauté T2 • Les six mondes d'Emmanuelle Han

Chronique du blog Songes d'une Walkyrie



Un second tome qui invite à la réflexion et aux prises de conscience sur des thématiques très actuelles et clôt parfaitement ce diptyque.

Dans ce début de roman, on retrouve Tuka et Ekian, deux transplantés qui viennent de traverser une porte et de se retrouver sur un monde froid et glacial. Tuka, qui travaille pour les guetteurs, doit cacher l’existence d’Ekian pour la protéger. Devenus alliés, ils cherchent à comprendre ce que cachent les guetteurs et leur chef, l’Observateur. Ils découvrent des expériences et de drôles de phénomènes. De son côté Ashoka, qui a quitté l’autorité du « roi », fait ses propres découvertes, il rencontre le chef des Etincelants qui lui montre le monde sous un jour plus astral et spirituel. Il recherche aussi activement les deux autres transplantés qu’il a vu en rêve et finit par les retrouver. Ensemble, ils formeront la Sublime Communauté et se lanceront dans une quête de vérité pour comprendre les réelles intentions de l’inconnu Observateur qui tire les ficelles de tout ces mystères.

On a donc trois héros, trois transplantés, ils sont jeunes et n’hésitent pas à traverser les mondes, tantôt froids et glacés, tantôt chauds et secs, tantôt tempérés et humides, à la recherche des six mondes pour savoir ce qu’ils sont réellement, un espoir ? Une supercherie ? A travers ces voyages, ils prennent peu à peu conscience de leurs capacités et s’essaient à les maîtriser. Tout trois présentent des caractères très individualisés, Ashoka, le plus jeune est la douceur, la tendresse, l’espoir, Ekian, la jeune femme adolescente est plus pragmatique, plus réaliste, plus directive, quant à Tuka, garçon adolescent, il transpire la colère, la frustration, l’émotivité, certes différents, ils arrivent à maintenir une certaine unité.

A côté d’eux, on a les affamées, êtres humains en perdition total reflets d’une sur-population et d’une humanité qui va mal, encline aux maladies, à la mal-nutrition, une humanité auto-détruite. Ils continuent à s’attrouper autour des portes avec toujours cet espoir qu’un des six mondes s’ouvrira à eux, en vérité, les affamés sont utilisés par les guetteurs à des fins plus que douteuses. Ces derniers, dont on retiendra essentiellement l’odeur entêtante de jasmin de l’un d’entre eux, sont commandés par l’Observateur, dont on se demande tout au long de récit quel est son identité. Qui sont-ils ? Que préparent t-ils ? Beaucoup de questions se posent face à ces êtres de l’ombre dont on ne sait pas vraiment s’ils sont bons ou mauvais.

Enfin du côté des personnages, on a les étincelants, dont leur chef Amoulkadine entre autre qu’Ashoka va rencontré et qui n’est autre que le père d’Ekian. Ces êtres symbolisent l’univers, l’atmosphère qui nous entoure, ils sont légers, volatils, lumineux et invitent à la réflexion mais surtout à la sagesse, amènent un peu de poésie dans cet univers fictif très anticipatif. On a ainsi des relations entre personnages fortes ; l’amitié, l’amour filial, les émotions humaines, sont au cœur du récit.

Ce roman est riche de valeurs et essentiellement là pour évoquer des problématiques actuelles, les thèmes abordés concernent de près comme de loin l’avenir de l’humanité ; écologie, fin du monde, avenir, et raconte une Terre détruite, un monde qui s’essouffle, des contaminations virales meurtrières, avec toutefois cette idée profonde d’une humanité à sauver et l’espoir d’un renouveau. Le tout est écrit avec un style fluide et dynamique, même si l’ouvrage souffre parfois d’une discordance de rythme, globalement c’est empli d’action, on ne s’ennuie pas et on est loin d’être perdu dans des passages descriptifs contemplatifs, au contraire ça manque parfois d’un peu de densité, certains passages sont trop rapides, voire expéditifs, ce qui se révèle assez perturbant quand le tome 1 prend le temps d’être décrit, à l’image des paysages traversés par nos protagonistes, cela aurait mérité un peu plus d’attention. Par ailleurs, un bon point qu’au début du roman, les éléments d’intrigue du tome 1 soient rapidement récapitulés pour tout nous remettre en mémoire. Quant à la fin, j’approuve pleinement le choix de l’auteure, sa fin est éclatante, efficace et prend tout son sens…

En bref, une suite qui clôt magistralement le diptyque, s’il souffre de quelques manques de détails et aussi de certaines questions sans réponse, il offre surtout un univers anticipatif intéressant et intelligent, des personnages bien dépeints, pour ouvrir le lecteur à des réflexions sur son propre avenir. On passe un bon moment !