lundi 25 septembre 2017

"Angela Davis / Non à l'oppression" d'Elsa Solal

Chronique du blog Songes d'une Walkyrie


« La communauté noire endurait des rafles en permanence, la police raciste, les violences, lynchages, supplices et exécutions sommaires redoublaient. J’ai continué mes études et mes voyages mais je vivais très mal d’être loin du mouvement des droits civiques qui prenait de l’ampleur dans mon pays. Une vague de révolte se soulevait . Dès que ce fut possible, je suis rentrée aux États-Unis pour en être. » p.28

« Non », adverbe exprimant une négation, une idée de désaccord, franche, directe dont on ne peut tergiverser le sens uniquement, trois petites lettres et tout est dit, « non » prend dans le présent titre tout un sens qui va bien au delà de celui pour lequel il est usuellement utilisé, on ne peut plus dire non à ce qu’il s’est passé, mais nos enfants et nous – même peuvent encore dire non à ce qui pourrait se reproduire, à ce qui existe encore aujourd’hui, à ce qui pourrait un jour arriver.

« Oppression », mauvais traitement, discrimination d’une catégorie de personne, un terme qui induit de juger par la différence, par un sentiment de pouvoir sur autrui, par cette idée incongrue de se sentir mieux qu’un autre. Le terme est fort, très expressif, violent d’un point de vue psychologique pour en devenir parfois physique, pourtant à la lecture de ce titre, ce mot mérite une majuscule, parce qu’il a finalement eu (a et aura) bien trop d’importance dans notre société humaine.

Vous l’aurez donc compris, ce roman destiné à la jeunesse (dès 12 ans) est un hymne à une icône noire, Angela Davis, qui s’est battue pour la liberté et les droits des noirs américains victimes de ségrégation raciale et se bat encore aujourd’hui contre le racisme et l’oppression dont sont victimes les minorités toutes confondues.

Dans ce roman, Angela Davis s’adresse à un jeune homme, à travers de multiples lettres, elle lui parle de son expérience, de ses sentiments, de ses émotions, tout est très personnel, tout est assez intense, révoltant, une vie incroyable pour une femme incroyable. Elle lui dévoile tout cela dans le seul but de lui faire comprendre une chose, le chemin de sa vie ne dépend que de lui.

« Tu existes ! Tu as de la valeur. » p.33

Elle comprend ce qu’il ressent, elle comprend sa colère, son besoin de se victimiser, son souhait que tout cela s’arrête, que cette douleur d’être différent et d’être traité comme tel ne soit plus qu’un mauvais souvenir, d’être et de se sentir seul, que tout cela trouve enfin une fin. Les expériences de la femme sont difficiles, vraiment, de ses souvenirs d’enfance douloureuse aux expériences de femme adulte, vivant la peur au ventre d’être prise pour cible, d’être tuer pour une soit-disante « légitime défense », d’être traitée en paria, parce que la couleur de sa peau est noire, penser au bruit des explosions qui venait interrompre les jeux innocents. Elle y raconte ses études, ses voyages, en France notamment, « liberté, égalité, fraternité » avait alors tout un sens pour une jeune noire issue d’un état du sud ségréguée, mais elle a vite déchanté… Elle y raconte son incursion dans la contestation, ses combats, ses révoltes, un soutien et des conclusions hâtives qui l’ont faite devenir une ennemie du FBI, sa cavale pendant des mois, la prison, horrible et amer expérience, la libération, enfin !

« Je respire. La paix enfin. L’insouciance. C’est cet instant léger que je voulais te faire partager. 
Il viendra pour toi. Sois-en sûr. » p.71

Beaucoup d’émotions sont renfermées dans ce titre de moins d’une centaine de page qui n’attendent que d’être libérées, connues et partagée, la Peur en particulier, la véritable peur. C’est concis, pas franchement développé mais l’essentiel y est, suffisant pour sensibiliser nos jeunes adolescents, l’auteure raconte à travers de petits chapitres courts, les différentes étapes importantes de la vie d’Angela Davis, les évènements clés qui font d’elle ce qu’elle est aujourd’hui, une femme qui croit à la liberté de vivre de chacun.

En bref, un petit ouvrage grand par son contenu, il propose une façon intelligente de traiter d’une thématique forte et engagée pour la jeunesse, les choses sont peut-être simplifiées, mais pas besoin de fioritures pour dire des choses aussi importantes. Une collection et un roman à suivre assurément.

"La sublime communauté" d'Emmanuelle Han

Chronique de Margot, lectrice, 13 ans.



J’ai beaucoup aimé ce livre d’Emmanuelle HAN.

Il m’a fallu un petit peu de temps pour rentrer dedans à cause du changement de personnages au fil des chapitres mais une fois plongée dedans, j’ai adoré !!!! J’ai bien aimé la manière dont c’est écrit car on a vraiment l’impression d’être dans l’histoire. J’ai aussi aimé ce mélange entre la fiction et le réel. J’ai apprécié les personnages car ils ont tous une histoire semblable, mais je crois que ma préférée reste Ekian et sa surprenante rencontre. Ce qui m’a aussi plu, c’est que, aux quatre coins du monde, on retrouve les mêmes sortes de personnages.

Enfin, si j’avais à conseiller ce livre, je le conseillerais à ceux qui aiment les livres d’aventure. Ce qui est bien avec ce roman, c’est qu’il peut à la fois plaire à ceux qui préfèrent les histoires réalistes, mais en même temps à ceux qui préfèrent les histoires fictionnelles.



vendredi 22 septembre 2017

"Lionel tape" et "Lionel rêve en couleurs" d'Eric Veillé

Chronique du blog Les lectures de Liyah




Lionel est un petit lion au caractère bien trempé à qui il arrive un tas d’aventures. 

Lionel n’est pas un petit héros comme les autres. Il franchit parfois les interdits mais dans le but d’informer les enfants. 

Dans le premier titre, Lionel a décidé de taper, sans aucune raison particulière, mais cela risque bien de se retourner contre lui.
Dans le second, l’enfant va découvrir les couleurs avec Lionel. 


Il y a des enfants qui tapent sans vraiment de raison. Lorsqu’ils sont petits, ce n’est ni bien ni mal, c’est un moyen d’expression. Ils ne sont pas tout à fait conscients de leurs actes ni de leurs conséquences (attention y a une limite à cet âge là, car finalement, les enfants comprennent vite). 

Dans tous les cas cette période n’est pas forcément agréable pour les parents qui ont souvent des remarques sur le comportement de leur enfant. Alors, pourquoi pas passer par le biais des livres et des histoires pour faire comprendre aux enfants que taper c’est mal et que ce n’est pas une chose à faire. 

Je pense qu’avec ce livre pour enfants, ils comprendront facilement pourquoi l’attitude de Lionel n’est pas la bonne. 

Le second titre est aussi très sympa pour faire découvrir les couleurs enfants. Ce n’est pas forcément évident lors des premières découvertes, mais avec ce petit livre, ils vont vite les retenir.
Le texte est court et se retient facilement. Je suis sûre que très vite, ce sont les petits qui liront ce livre à leurs parents ! Ce que j’ai aimé aussi c’est qu’il y a un fil conducteur dans cette histoire, ce n’est pas comme un imagier. C’est très sympa ! 



Les illustrations sont relativement simples, ce n’est pas ce que j’ai préféré ici, mais je pense qu’elles sont adaptées aux jeunes enfants et qu’elles leur plairont. Toutefois j’ai apprécié l’humour qui s’en dégage. 

Ces livres pour enfants sont également tout cartonné ce qui est parfait pour laisser les enfants découvrir seul l’univers du livre.

"Naissance des cœurs de pierre" d'Antoine Dole

Chronique du blog Songes d'une Walkyrie


« L’espoir qui le portait l’a lâché. C’est le sentiment le plus fragile, face à la cruauté des hommes. Celui qui, dans un monde où rien ne peut changer, où rien ne s’ouvre à la lumière, devient le plus douloureux. L’espoir est d’une violence terrible, quand il est retourné contre soi. »

Dans le monde de Jeb, appelé simplement « Nouveau Monde », les émotions sont prohibées afin de protéger la population des conséquences néfastes qu’elles peuvent avoir eu sur la société de l' »Ancien Monde ». La communauté isolée et encerclée d’un mur infranchissable oblige ses enfants dès l’âge de douze ans à subir un entretien avec un « préparateur » qui juge s’ils sont prêts ou non à prendre le traitement. Jeb est profondément ancré dans ses émotions et ne réussi pas l’examen, il est alors envoyé dans un centre censé le recadrer et taire la plus infime de ses émotions. Tiraillement, souffrance, fatigue, harcèlement, malgré tout cela Jeb ne peut lutter contre ses sentiments.

Peu avant l’ère du « Nouveau Monde », Aude est une jeune fille de seize qui entre dans un nouveau lycée. Dès le premier jour, elle est prise en grippe par un groupe qui ne cessera dès lors de se moquer d’elle. A force de les fuir, elle trouve refuge dans un bâtiment en cours de travaux et y rencontre Mathieu, un surveillant. A force de rencontres, Aude et Mathieu se rapprochent et démarrent une relation amoureuse. L’adolescente va vivre passionnément ce premier amour qui va complètement transformer sa vie.


Deux histoires parallèles, deux histoires distinctes, l’une évoluant dans le " Nouveau Monde ", l’autre dans l' "Ancien Monde ", et pourtant étroitement liées avec un point commun la perte de l’innocence et de l’enfance, fortement empreinte de « destruction ». Un basculement de l’enfance vers un univers plus sombre et dévastateur.


On suit donc deux personnages, Jeb, d’un côté, un jeune garçon de douze ans amené par sa mère, Niline, vers l’extinction de son enfance et de ses émotions. Dans la société du Nouveau Monde, univers dystopique où tout est éteint pour ne plus sombrer dans les dérives émotionnelles, la colère, la haine qui ont mené aux guerres et à la destruction. Jeb est attachant et fort, on le sent lutter contre ces vagues de sentiments brutes qu’on lui a toujours appris à taire, une façade froide cachant un cœur chamboulé. Ce personnage, c’est aussi une relation filiale avec une mère dont il cherche le regard, les réactions, les onces ou prémices d’émotions, qu’elle tait à coup de cachets qu’elle surconsomme de plus en plus. On sent une certaine fragilité de la mère, qui malgré tout suit les lois de la société quitte à y sacrifier son enfant, cela suscite beaucoup de choses chez le lecteur, quelque part, on sent le personnage démuni et faible, de l’autre on ne peut comprendre ses réactions qui manquent profondément d’amour maternel, après tout la mère est censée protéger son enfant et non lui nuire. Niline, par manque de gestes et beaucoup d’actions, va orienter la perte de son fils.

« Les enfants ne savent pas s’ils doivent répondre ou se taire. Les mots ne sortiraient pas, de toute façon. Tous sont occupés à retenir leurs armes. La transformation ou la fin. Mais comment taire en soi toutes ces déflagrations de pensées et de sensations ? Comment est-ce qu’on s’y prend pour faire mourir autant de soi à l’intérieur quand on se sent si vivant ? »

De l’autre, on suit Aude, à travers ce personnage adolescent, on voit la pression parentale face à la réussite de son enfant, Aude est envoyée dans un lycée où elle ne connaît personne, séparée de ses amis afin de se concentrer sur ses études. Par ce geste égoïste, les parents vont surtout entraîner la déchéance de leur fille. Aude est une adolescente solitaire, qui sera exclue des autres et va donc perdre les relations amicales qui auraient pu l’ancrer dans une certaine réalité, à contrario, elle va dériver, et vivre sa relation avec Mathieu, un jeune homme, passionnément, allant à l’encontre de ses parents, leur mentir, s’opposer à eux, jusqu’à ce qu’un acte de trop conduise à des conséquences irréversibles et amène à un conflit inévitable. Cette histoire est assez dure car à y réfléchir, elle est très réaliste, en tant que parent, c’est même carrément flippant.

Le tout est franchement bien écrit, c’est même très addictif. L’alternance des deux points de vue rendent le récit d’autant plus dynamique et plus introspectif aussi. Le public visé, adolescent, devrait aisément se retrouver dans l’un ou l’autre des personnages, de manière modérée du moins, car les thèmes exploitées à travers ce récit sont très actuels mais aussi très durs, l’image de soi, le harcèlement scolaire, la pression parentale, la passion des premiers amours, le viol déguisé, les conséquences à travers l’histoire d’Aude, mais aussi l’ébullition des émotions et des sentiments qui ne demandent qu’à s’exprimer, que l’on tait ou que l’on ne sait comment gérer, le rapport filiale, l’oppression d’une société, la violence faite aux enfants à travers l’histoire de Jeb. Quant à la fin, elle est bien trouvée, certainement surprenante, elle n’est pas forcément facile mais elle est en tous cas satisfaisante.

En bref, un roman jeunesse qui porte en lui son lot de thématiques fortes, dures et sensibles, des sujets qui parleront forcément à vos adolescents, tout en les divertissant de deux histoires fragiles et difficiles, deux univers, deux personnages, pour une seule ligne directrice, les conséquences de nos actes sur l’innocence de l’enfance.

vendredi 15 septembre 2017

"Naissance des cœurs de pierre" d'Antoine Dole

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Antoine Dole revient avec un roman bouleversant au titre absolument parfait.

Deux destins : Jeb, 12 ans, s'apprête à entrer dans le Programme de la Communauté. Une injection et il en aura fini avec le tourbillon de ses émotions. Dis comme ça, ça paraît très simple. Mais ça ne l'est pas. Car il y a sa mère, Niline, dont il cherche à tout prix à se faire aimer. Et qu'il veut sauver. Mais peut-on sauver quelqu'un malgré lui ? 

Il y a aussi Aude, jeune fille de 15 ans , qui entre en seconde dans un lycée réputé sous la pression parentale. Harcèlement, moqueries, déni de soi sont son quotidien, elle domine ses émotions du mieux qu'elle peut, les lisse au-dedans d'elle. Mathieu entre dans sa vie. Le surveillant. Premier amour souillé, piétiné, la manipulation commence. Et l'absence de soi. 




Lequel des deux mondes est le plus cruel ? Difficile de trancher. Et pourtant....

Jeb et Aude : la volonté de l'un annihilée par la passivité de l'autre... 

J'avoue avoir vite deviné le lien entre les deux destins. Mais ce qui m'aurait dérangée dans une autre lecture sans doute ( je me connais : c'est toujours le risque avec les lecteurs compulsifs de ne plus être surpris, voire blasés) là, non, cela a renforcé mon acuité émotionnelle, m'a repoussé dans les dernières limites de ma réflexion personnelle face à ce que pose l'auteur là, dans ces lignes, à fleur de peau : au cœur de la place de nos émotions ou plus précisément cette question posée : jusqu'où les accueillir pour ne pas se perdre de vue ? Ce qui touche là profondément à l'humain intime.

Par contre, cette fin, je la refuse ! Elle a provoqué en moi une telle révolte, mais sans doute est-ce l'effet voulu ? 

Une réflexion très aboutie dans ce roman qui ébranle au plus profond. Oui les cœurs de pierre sont parmi nous. Et pas là où on les attend....

lundi 11 septembre 2017

"Une petite voix" de Patrick Olivier Meyer

Chronique du blog Entre les pages



Jérémy n’est pas un petit garçon comme les autres. Il est de ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Conclusion, il est plutôt solitaire et ce qui le touche lui est du n’importe quoi pour les autres. Incompréhension et mésentente sont malheureusement souvent au programme de ses journées. Il faut ajouter à cela que son père travaille beaucoup, que sa mère l’emmène chez tous les médecins qu’elle trouve pour mettre un nom sur son « problème », que sa sœur est en pleine crise d’adolescence et que son grand frère, son complice, est parti pour ses études. Alors, parce que Jérémy ne trouve pas sa place dans le monde formaté dans lequel il vit, il s’invente une amie, April March, qui, elle, mène l’existence dont il rêve. 

En effet, April s’enfuit du pensionnat anglais dans lequel elle vit, voyage à travers son pays pour fuir ceux qui la recherchent, rencontre des gens, ne sait pas où elle sera le lendemain. Elle est complètement en dehors de la boîte dans laquelle elle est censée se faire une vie et est un refuge où Jérémy la rejoint régulièrement et de plus en plus intensément. Une petite voix est le premier roman pour la jeunesse de Patrick Olivier Meyer. Dans celui-ci, les chapitres alternent entre le quotidien de Jérémy et celui qu’il invente à April March, son printemps, sa renaissance. L’écriture est belle mais surtout subtile. Elle réussit à dire beaucoup de choses, à montrer clairement la personnalité et la douleur d’un enfant qui ne peuvent être saisies par la société et ses membres telle qu’ils sont aujourd’hui. Cet ouvrage est aussi un joli hommage à la force de chacun pour rester soi-même. La lecture est donc agréable, pertinente et forte.