dimanche 30 août 2015

"Ses griffes et ses crocs" de Mathieu Robin

Chronique de Lupiot du blog Allez vous faire lire


La superbe couverture de Laurent Rivelaygue donne à Ses griffes et ses crocs une saveur onirique à l’esthétique indienne, mais ce roman s’avère une histoire fantastique inquiétante, une rencontre du troisième type.

« Vous avez beau répéter tous les rituels que vous voulez, si par malheur un jour vous vous retrouvez face à une bête déterminée à vous faire la peau, rien ne vous permettra d’échapper à ses griffes et ses crocs… »

Nous sommes plongés dans les grands espaces américains, dans la peau trop étroite de Marcus, un garçon dévoré par ses tocs et ses angoisses, qui sont comme autant de rituels pour conjurer le mauvais sort — pour éloigner tout ce qui est là, dehors, et n’attend qu’un signe, un faux pas, pour le dévorer. Sa famille — au charme dysfonctionnel — part en vacances dans un chalet au pied de la Montagne Noire, ancien territoire sacré d’une tribu indienne.

Marcus sent tout de suite qu’un danger rôde, et les échos d’une légende ancienne viennent le hanter chaque jour davantage, suscitant les moqueries des autres enfants. Personne ne le comprend. Mais quand les adultes disparaissent et qu’un monstre invisible se met à gronder dehors, le roman bascule, et la sourde inquiétude de Marcus gagne ses amis et… le lecteur.

Une histoire de mythes, de mensonges et de catastrophe, mais surtout, une histoire de passage à l’âge adulte. La plume de Mathieu Robin ? Perfecto ! Le rythme : lancinant et intime comme je l’aime lorsque nous collons à la peau de Marcus au début du roman ; effréné et percutant lorsque nous devons échapper au danger dans la deuxième moitié. Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas un thriller dont l’objet premier serait d’instiller la terreur dans nos nuits. C’est un roman qui joue avec notre imaginaire, et le fait bien.

Le monstre est-il réel… ? Oh, oui, il l’est…

Ce que j’ai particulièrement apprécié (outre l’esprit « E.-T. » d’un film d’action à la Spielberg mené par une bande d’ados), c’est que le scénario nous promène habilement. Lorsque la nature du monstre est révélée, c’est à la fois déroutant et sublime. On est bluffés.