vendredi 6 novembre 2015

"Pensée assise" de Mathieu Robin

Chronique de Noukette du blog "Dans la bibliothèque de Noukette"




Un baiser. Plonger son regard dans le sien. Caresser ses cheveux. La prendre par la main et se promener, tout simplement, en amoureux. Théo en rêve… Mais la vie en a décidé autrement. Tous les jours, c’est Sofia qui doit se mettre à sa hauteur. Tous les jours, c’est elle qui doit se pencher pour l’embrasser, comme s’il était son petit frère. Et ce spectacle pathétique, Théo ne le supporte plus…

Cloué dans un fauteuil roulant suite à un accident de la route, Théo est passé par tous les stades sans jamais réussir à se résigner. Souffrant du regard des autres, il préfère sortir les crocs plutôt que d’accepter leur pitié. Plutôt crever. Alors Théo est odieux. Avec ses proches et avec Sofia, pourtant tombée amoureuse de lui bien après l’accident. Aimer et être aimer, oui, c’est encore possible, mais le prix à payer est bien trop élevé à ses yeux…

Mathieu Robin est un petit malin. Le lecteur est mis dans la même position que les proches de Théo, prêt dès les premières pages à le comprendre et à tout lui pardonner, du moins à l’excuser. Pourtant, très vite, on a envie de le bousculer, voire même, soyons honnêtes, de lui mettre quelques claques bien senties. Tout en comprenant son profond mal-être…

« Il me fallait, pour m’en sortir, trouver un nouveau mode de vie et je décidai de me réinventer ce paradis perdu de l’enfance. Je n’agirais désormais qu’en fonction de mon confort. J’effacerais de ma vie tous les « compatissants » et tout ce qui pourrait renvoyer à mon handicap. Au revoir les amis du centre de rééducation, adieu le handisport. L’égoïsme serait ma religion. » Jusqu’au jour où une telle attitude n’est plus possible, jusqu’au jour où Théo est en passe de perdre celle qu’il aime. « La vie pouvait être simple. C’était moi qui était compliqué. »

Pétri de mauvaise foie, mauvais, injuste, cynique, Théo est un personnage qu’on adore détester. Pas seulement parce que ses tentatives pour arriver à embrasser Sofia debout sont risibles, non. Parce qu’il est aussi profondément touchant, enfermé dans cette « posture » amère et auto-centrée qui fait autant office de carapace que de bouclier. Une façon comme une autre de se protéger et de crier sa colère.

Juste, ironique et étonnant, Pensée assise aborde le sujet du handicap d’une façon peu banale. Merci à l’auteur d’avoir pris le risque de sortir des sentiers battus pour offrir un texte « brut de décoffrage » aussi drôle qu’émouvant. Jérôme et moi recommandons chaudement !