lundi 10 juillet 2017

Simone Veil "Non aux avortements clandestins" de Maria Poblete

Chronique du blog allon Z'enfants


Pour faire découvrir aux ados l’immense dame qui vient de nous quitter, ce court texte signé Maria Poblete, Simone Veil, Non aux avortements clandestins est une très belle clé d’entrée.

« Les cris des SS déchirent la nuit.
- Raus, raus ! Dehors, dehors ! Laissez vos bagages dans les wagons, mettez-vous en file. Avancez !
Il faut faire vite, ne pas tomber, ne pas céder, encore moins dire sa fatigue, son épuisement, son indignation. Partis il y a deux jours et demi du camp de Drancy, entassés dans des wagons à bestiaux, sans eau ni nourriture, les prisonniers sont déjà à bout.
Les nazis font montre d’une organisation précise, absurde, pointilleuse. Ils comptent les « pièces ». Ils beuglent, trient. Les femmes costaudes dans une file, les hommes dans une autre. Les faibles plus loin. »

Simone Veil a traversé son siècle. Déportée à l’âge de seize ans aux côtés de sa mère et de ses sœurs en avril 1944. A la descente du convoi à Auschwitz-Birkenau, quelqu’un lui susurre à l’oreille « Dites que vous avez dix-huit ans. » Ce conseil lui sauvera la vie.

Toute sa vie sera marquée par les chances à saisir, la volonté de les saisir, la capacité à les provoquer et à se battre pour les faire aboutir. Simone Veil est au-delà de tous les combats, elle veut la paix coûte que coûte, elle se bat contre les injustices faites aux femmes et son grand message est le pardon, l’acceptation de l’autre, le refus de tous les replis. Par toutes ses actions, elle incarne la grandeur.

Dans ce court texte, Non aux avortements clandestins, Maria Poblete retrace avec justesse le combat de Simone Veil pour les femmes et resitue celle qui incarne tant son époque. Dotée d’un feu intérieur hors norme, elle survivra à l’horreur des camps grâce à son extrême jeunesse, son goût et sa force pour la vie. Au retour, elle s’inscrit à Sciences-Po en septembre 1945, fidèle à son besoin d’action et à la volonté de sa mère, Yvonne, son modèle absolu : « Mes filles feront des études, elles apprendront un métier, elles travailleront. » Ces mots, Simone les a entendus de la bouche de sa mère dans la baraque des camps. Comment décevoir son modèle à présent, celle qu’elle aimait tant et qui succomba au camp de Bergen-Belsen seulement quelques semaines avant leur libération par les Anglais ? Cette force, c’est peut-être justement dans les mots de sa mère qu’elle la puise : « Chaque jour, maman se tient près de moi, c’est elle qui me donne la volonté d’agir. »

Simone Veil incarne le modèle par excellence pour les femmes. Une femme qui n’a jamais cessé d’étonner par son audace, sa détermination. Non pas parce qu’elle affichait un féminisme revendicatif, mais parce qu’elle refusait le mauvais sort qu’on faisait aux femmes, au prétexte qu’elles étaient plus faibles ou que leurs actions, leurs revendications entravaient celles des hommes.

Après ses études, son mariage, la naissance de ses trois garçons, le concours de la magistrature qu’elle réussit haut la main, elle est nommée à la direction de l’Administration pénitentiaire. C’est lors de son premier poste en tant que directrice des prisons que Simone Veil écoute les témoignages de jeunes femmes qui travaillent à ses côtés, elle entend leurs déboires face à des avortements qu’elles ont dû subir alors que cette pratique demeure illégale. Elle écoute la douleur, l’humiliation, l’exploitation financière et surtout l’hypocrisie. L’injustice criante. Elle constate que les femmes sans moyen sont exploitées, maltraitées, tandis que les riches bourgeoises vont avorter sereinement dans des cliniques en Suisse ou ailleurs. Elle s’intéresse aussi au sort des prisonnières et fera rapatrier dans les prisons françaises Djamila Boupacha, accusée d’avoir posé une bombe en Algérie et menacée de mort par l’OAS.

Devenue ministre de la Santé sous le gouvernement Chirac en 1974, elle se souviendra des discussions avec toutes ces femmes qui ne peuvent se permettre d’aller avorter dans des cliniques chics de Suisse ou d’Angleterre, de discussions avec des amis médecins qui dénoncent le retard de la France dans ce domaine. Elle se souvient aussi du procès de Marie-Claire, dix-sept ans, accusée d’avoir avorté et dénoncée par son agresseur, celui-là même qui l’avait mise en enceinte contre son gré. Une situation intolérable et un procès qui sonne le glas d’une époque : la jeune fille sera relaxée.


Simone Veil se battra pour faire adopter la loi légalisant l’avortement, alors que les pires propos de haine, d’humiliation se déchaîneront contre elle. Dans l’arène, il y a 482 hommes, et seulement 8 femmes… Les insultes, les menaces pleuvront. Mais elle tiendra la barre. Il fallait un courage, une lucidité exceptionnelle pour mener ce combat à terme. Et c’est ce combat auquel rend hommage ce petit livre, afin que nous ne l’oublions pas et que nous puissions transmettre à nos filles, ce que nous devons à cette grande dame.

Car ce combat gagné de haute lutte n’est jamais terminé. Comme on a pu lire l’inscription sur les trottoirs parisiens au soir de sa mort : « Simone s’éteint, les femmes restent en Veil. » Quel plus bel hommage ?