mercredi 23 novembre 2016

"Mauvais joueurs" de Julien Dufresne-Lamy

Chronique du blog La bibliothèque de Noukette


Marceau grandit dans « une famille sans histoires, cherchant l’adjectif ». Au jeu de dupes de la famille parfaite, l’adolescent avance son pion en ayant conscience des non-dits et des faux-semblants. Il apprend à mentir, à sourire pour de faux, à rentrer dans la norme de ce qu’on voudrait qu’il soit, en cherchant de plus en plus à s’affranchir des règles qu’on lui impose. Sa mère se réfugie dans un monde auquel il a de moins en moins accès, il va falloir qu’il avance seul. Sans protection. Et affronter le père. Il est peut-être temps de mettre les voiles. Il est peut-être temps de faire enfin valser l’échiquier…

Mauvais joueurs est un roman qui se mérite. On y entre sur la pointe des pieds, observateur indiscret d’une famille qui se ment. Dans l’ombre, Marceau tisse les fils de son histoire et de son émancipation. Il revient sur les épisodes clés d’une enfance et d’une adolescence qui ont forgé celui qu’il est devenu. Petit à petit, le puzzle se reconstitue.

La construction est impeccable, la voix douce-amère de Marceau très juste, et le parallèle avec le jeu extrêmement bien vu. « La partie, la revanche, la belle. » Les trois parties du roman épousent l’évolution, la révolution de Marceau, de son enfance à une indépendance salutaire.

Un texte très introspectif, tout en nuances où on joue pour de vrai des vies qu’on perd pour de faux. J’en ai aimé la langue, la langueur, la réflexion affutée sur la famille et les liens qui s’y jouent. Pour autant, je suis curieusement restée assez détachée du sort de Marceau. J’ai attendu l’émotion, elle n’est venue que par bribes… Je me demande quel accueil les adolescents réserveront à ce roman. Certains risquent d’y perdre pied, d’autres y reconnaitront sûrement leurs doutes et leurs angoisses. Une lecture qui suppose tout de même une certaine maturité pour pouvoir en apprécier toutes les saveurs…


Un roman inclassable qui suscite la réflexion que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…